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vendredi 1 mai 2015

N° 243 : The Labour of Love Mix


Set non disponible
 
Playlist : 

PRINCE "I Wanna Be Your Lover"
GINO SOCCIO "Try It Out"
CHANGE "Paradise"
DANNII MINOGUE "Baby Love" (Silky 70's Mix)
LISA FISCHER "Save Me" (Morales Extended Mix)
SHIRLEY JONES & JEAN CARN "Whatever It Takes" (Joey Negro Club Mix)
MOTOR CITY DRUM ENSEMBLE "Raw Cuts # 5"
MANUEL TUR feat. Holly Backler "Most Of This Moment" (Original Mix)
SERIOUS INTENTION "You Don't Know"
DANIEL STEINBERG "Let Me Down" (Tube & Berger Remix)
PET SHOP BOYS "Being Boring" (Julian Mendelsohn Extended Mix)

vendredi 14 septembre 2012

N° 161 : Skydance Hot Grooves 80's (Jody Watley, Soul II Soul, Karyn White...)


Set non disponible

Pour entamer la rentrée, un set comme une madeleine de Proust pour ceux qui écoutaient le Skydance à la fin des années 80.
Parallèlement aux hits house qui étaient le socle de l'émission, RLP distillait quelques pépites hip-hop et swing beat, lui qui avait été bercé dans le disco et le funk des 10 Glorieuses (1974-1984).

1/ CAMELOT II "Happy" (1987) : J'avais cru au début qu'il s'agissait d'un nouveau titre du Sugarhill Gang. L'ambiance me rappelait étrangement "The lover in you", en plus mielleux. Il s'agissait en fait d'une adaptation d'un titre de l'année précédente sorti par le groupe Surface et auquel une partie rappée a été ajoutée.

2/ WOMACK & WOMACK "MPB" (1988) : j'avais beaucoup apprécié leur titre "Love Wars" sorti en 1983.
"MPB" (Missing Persons Bureau) est extrait de l'album "Conscience" qui contient les hits "Teardrops" (qui passait sur les réseaux FM) et "Celebrate the world".
Frankie Knuckles réalisera un intéressant remix l'année suivante.

3/ et 4/ SOUL II SOUL "Jazzie's Groove" et "Get a life" (1990) : C'est en pleine folie techno-rave que surgit ce groupe hors du temps.
Je me rappelle avoir entendu le tube "Keep on movin'" un soir chez USA Imports, rue de la Clef, à Lille. Que venait faire ce titre au milieu d'un concert de bleeps et de riffs agressifs habituellement assénés par le fameux disquaire de ce bastion techno ? Sans doute peu d'acquéreurs à l'époque car comment le placer en soirée ?
A l'écoute de leur premier album "Club Classics Vol.1", écrin somptueux qui regorge de véritables violons (Reggae Philharmonic Orchestra), j'ai cru passagèrement à un revival d'une authentique musique black, mais Soul II Soul restera un phénomène unique qui ne durera que l'espace de deux ans avant de tomber doucement dans l'oubli.
A l'origine un collectif comme il en existe dans le jazz, Soul II Soul ne parvint jamais à s'imposer en tant que groupe, les chanteuses successives quittant le navire pour des carrière solo, ce qui est une erreur fatale d'un point de vue marketing lorsque l'on veut forger cette précieuse identité dont à besoin le grand public pour adhérer.

5/ JODY WATLEY with Eric B. & Rakim "Friends" (1989) : du swing beat comme en raffolait RLP.
"Friends" est produit par André Cymone, ex-bassiste de Prince et à l'époque, mari de la chanteuse.

6/ PEBBLES "Giving you the benefit" (1990) : fabuleux titre produit par le duo L.A. Reid & Babyface. Je vous avais déjà joué les deux tubes produits par Louil Silas Jr., "Mercedes Boy" (plutôt freestyle) et "Take your time".
Swing beat, New Jack, freestyle...vivement que ces styles soient remis au goût du jour...on peut toujours rêver.

7/ MADONNA "Who's that girl" (1987) : autant le film était un navet de première, autant les titres de Madonna qui en composaient la bande-son ("Who's that girl" et "Causing a commotion") étaient de bonne facture.
Pas encore de Shep Pettibone à la réalisation mais un duo de producteurs de premier choix, Steve Thompson et Michael Barbiero auteurs de mixes épiques comme :
  • "Shout" de Tears for Fears
  • "Imagination" de Belouis Some
  • "Money's too tight" de Simply Red
  • "Who's zoomin' who?" d'Aretha Franklin
  • "No promises" d'Icehouse
8/ BARBARA PENNINGTON "On a crowded street" (1985) : enfin la très rare version remixée par John Morales, celle que je jouais au Patch Club (aujourd'hui devenu "La Table des Cigalines" sur les quais de La Varenne - 94-, pour ceux qui veulent s'imaginer ce que fut ce petit "Studio 54") !
Après la série de slows, c'était la ruée sur une piste encore plongée dans la pénombre dès que je lançais l’accapella de l'intro.
Et merci à Stéphane pour le mp3.

9/ ERROL BROWN "Body rockin'" (1988) : L' ex-chanteur du groupe Hot Chocolate ("You sexy thing" - 1975) prend par moments des intonations à la David Bowie, vous ne trouvez pas ?

10/ KARYN WHITE "The way you love me" (1988) : doté d'un groove remarquable, sans doute l'un des plus grands disques de New Jack.
L'Ultimix présenté ici est réalisé par un studio de production basé en Caroline du Nord (USA). Cela fait 25 ans que ses équipes de remixeurs réalisent des edits des versions originales en incluant des breaks étendus.

11/ RITA MITSOUKO "Andy" (1987) : le remix est réalisé par un membre de l'"équipe princière", Jesse Johnson, ex-guitariste du groupe The Time (amateurs du Minneapolis Sound, procurez-vous l'album éponyme datant de 1981).

12/ PRINCE "Hot thing" (1987) : le "Kid" conclut ce set avec ce titre très suggestif peu connu du grand public. Il est extrait du mémorable double album "Signs Of The Times".

vendredi 10 septembre 2010

N° 77 : A quiet reprise (acid-jazz classics, Mr Fingers, Prince...)

Set non disponible

Je viens de comprendre pourquoi les français sont majoritairement de piètres mélomanes et pourquoi les musiques de qualité ont tant de mal à émerger dans notre pays.

J'ai observé le comportement du public dans les jeux télévisés lors de la diffusion d'extraits de chansons.
Il tape dans les mains sur chaque temps !
Analysez un public anglo-saxon dans les mêmes conditions, il tape sur le 2ème et le 4e temps, exactement au même moment que la caisse claire ou le clap sur un morceau.
Il a compris le rythme et le swing car il a une oreille musicale forgée par des décennies de musiques d'inspiration noire.

Alors élevons le niveau dans ce set qui zone entre acid-jazz et hip-hop.

1/ Mr FINGERS "What about love" : ma première émotion deep-house. Ce mix de 1989 conserve sa magie inaltérée avec cette coda majestueuse au piano Rhodes.
Dans la même lignée, "Closer" sorti en 1992.

2/ THE BRAND NEW HEAVIES "Stay this way" : The Brand New Heavies est un groupe d'acid-jazz londonien formé en 1985.
Outre ce titre, l'album éponyme original de 1990 contient l'intéressant "Dreams come true". Seul problème, la chanteuse Jay Ella Ruth, trop "standard", ne fait pas décoller les mélodies. Pas assez "mainstream", l'album ne réalise pas le cross-over radio .
C'est l'arrivée en 1992 de N'Dea Davenport, chanteuse à la voix d'une pureté et d'une puissance térébrantes, qui sortira le groupe de l'anonymat en réinterprétant les titres-phares.
Pour "Stay this way", David Morales livrera un pack de remixes somptueux, tantôt soul tantôt deep-house avec des sonorités tout droit sorties d'un synthé Roland JX-8P (c'est à dire polyphonique 8 voies), l'un des synthés analogiques les plus importants de l'histoire de la musique électronique.
Joey Negro se chargera de discoïser "Dreams come true" à la perfection.

Enfin, cette réédition flamboyante de 1992 intègrera le tube "Never stop" magnifié par le même Morales et qui assoira définitivement la notoriété du groupe outre-atlantique.

N'Dea Davenport quittera le navire après la sortie du second album en 1994. Siedah Garett prendra la relève sans toutefois atteindre le charisme de son prédecesseur qui, de son côté, sombre dans l'anonymat en tentant une carrière solo.
Davenport reviendra en 2006 pour l'album "Get used to it", mais rien de transcendant n'est parvenu à mes oreilles.

3/ INCOGNITO "Crazy for you" : emmené par Jean Paul "Bluey" Maunick, ce groupe s'inscrit également dans la mouvance acid-jazz londonienne.
Bien que la formation existe depuis 1981, c'est Gilles Peterson qui permettra à Incognito de caresser les trompettes de la renommée en le signant sur son label Talkin' Loud en 1990.
Leur fait d'arme restera la reprise de "Always there" de Ronnie Laws que le remix de Morales et l'interprétation de Jocelyn Brown doteront des ailes de la grâce.
S'ensuivront des reprises réussie comme "Don't you worry 'bout a thing" (Stevie Wonder) ou "Night over Egypt" (The Jones Girls).

"Crazy for you" est une composition originale remixée par l'inévitable David Morales, décidément très inspiré par l'acid-jazz.

4/ MASSIVO "Take my hand" : aucune info sur cette production downtempo de facture très classique.

Première salve de mixes récurrents de mes Top Dance Megamixes.

5/ LONDONBEAT "I've been thinking about you" : un remix utilisant la célèbre loop "Funky drummer". Il fut classé assez longtemps dans le Top Dance, en tout cas il l'était déjà à mon arrivée à l'antenne en février 1991.
Le mix est construit de manière assez désordonnée et mes "ciseaux d'Anastasie" ont dû éliminer les parties ennuyeuses.

6/ KRIS KROSS "Jump" : classé également dans les clubs, l'original hip-hop n'avait pas sa place dans mes sets et ce remix accéléré de Steve Anderson fut le bienvenu.
Le sample de synthé est emprunté à la chaleureuse nappe de l'intro du premier maxi de JESTOFUNK, "I'm gonna love you".

7/ PRINCE "Get off" : Steve Silk Hurley avait réalisé les remixes les plus audacieux de sa carrière sur ce titre, Ben Liebrand offre ici une alternative intéressante, l'original au style assez massif restant difficilement mixable.

8/ DE LA SOUL "Eye know" : deux samples principaux sont utilisés pour ce mix :
Les dernières secondes de "Sitting on the dock of the bay" d'OTIS REDDING (le sifflement), le refrain et le petit gimmick de "Peg" de STEELY DAN, l'un de mes groupes préférés. Un assemblage hétéroclite mais terriblement efficace.

9/ GRANDMASTER FLASH & MELLE MEL "White lines" : le sample principal et la mélodie sont tirés de "Cavern" de LIQUID LIQUID, un groupe appartenant au même label (Sugarhill Gang Records).
D'après Wikipedia, Grandmaster Flash n'a pas participé à ce disque et seul Melle Mel aurait dû être crédité.
Hommage à la cocaïne, la mention "Don't do it", aurait été rajoutée pour d'évidentes raisons commerciales.
Cela étant, le titre ne fit pas de ravages aux USA, s'offrant une honorable 7ème place dans les charts britanniques.

10/ LINDSTROM & CHRISTABELLE "Baby can't stop" : clin d'œil à "Shake your body" des JACKSONS et "Wanna be starting something" de Michael, ce titre est l'œuvre du duo de producteurs norvégiens Hans-Peter Lindstrøm et Prins Thomas, spécialistes de ce qu'on appelle le Cosmic Disco, un style qui mélange influences tribales, funk, jazz et brésiliennes sur un tempo assez lent.
Ce terme fait référence au club italien, le "Cosmic" où il fut en quelque sorte "réinventé" il y quelques années, la paternité en revenant aux DJ's new-yorkais David Mancuso et Larry Levan dans les années 70.

11/ SHARON BROWN "I specialize in love" : un remix du grand DJ new-yorkais Tee Scott (Better Days, Zanzibar, Continental Baths), auteur d'autres perles comme "Mama used to say" de JUNIOR, "Happy days" de NORTHEND ou "Time" de STONE.

vendredi 21 mai 2010

N° 69 : Let's live it up! (Bootleg re-edits, David Joseph, Chaka Khan, Prince...)

Set non disponible

1/ MOTOR CITY DRUM ENSEMBLE "raw cuts #3" : il y a 15 jours, je vous ai présenté la face B de ce maxi deep-house allemand. Voici la face A.
Les Raw cuts #5 et #6 sont tout aussi envoûtants.

2/ LOOP TRICK feat. Maria "Beat freak" : Blaze s'invite dans ce début de set aussi calme qu'un matin d'été sous la chape d'un anticyclone.
L'orgue est l'instrument de prédilection de ces producteurs que j'avais découverts à la sortie de leur surprenant remix de "People hold on" de LISA STANSFIELD (1989).
Cette version de "Beat freak" est une house de fin de soirée, hypnotique et ponctuée de scat.

3/ SUPER VALUE - Special edits 4 - "Goin' up in smoke" : réalisée par des anonymes, la collection des Super Value Special Edits nous vient d'Italie.
Ces bootlegs sont des valeurs sûres pour les DJ qui proposent des sets funk ou disco car les re-edits de morceau inmixables permettent d'optimiser les transitions grâce à des breaks dépouillés comme c'est le cas ici pour ce morceau d'Eddie Kendricks (ex-Temptations), au départ totalement disco. Il se métamorphose en un langoureux dub (légèrement édité) qui ne dévoile la mélodie que sur la fin.

4/ DISCO DEVIANCE "Forget me vox" : d'origine anglaise, les bootlegs de la série Disco Deviance sont aussi indispensables que les précédents. Tout ces petits joyaux sortis des athanors de DJ appliqués proviennent de Decks Records, mon fournisseur officiel.

Decks Records est une "on line shop" au choix démesuré dans tous les styles.
Les services et gadgets proposés sont plutôt judicieux. A titre d'exemple, à chaque écoute d'un morceau, Decks vous indique le BPM et une platine SL 1200 virtuelle vous permet de le pitcher en live.
Les DJ réputés qui ont plébiscités un titre sont cités le cas échéant, si cela peut vous conforter dans votre choix.
Enfin, si le vynil désiré est en rupture, vous recevrez un mail dès son retour en stock.

Chaque mois, il me faut bien 8 heures pour décortiquer environ 200 vynils. Les disquaires physiques ont pratiquement tous disparu, mais je retrouve le plaisir que j'éprouvais au comptoir de Champs Disques ou de Discoparnasse dans les années 80-90.

A 8 ou 9 €, les prix restent raisonnables et le service soigné propose une expédition sécurisée avec UPS. Franco à partir de 100 €.
Voilà pour la petite page de pub qui, je l'espère, vous incitera à effectuer une petite visite car cette caverne d'Ali Baba, ce "cabinet de curiosités de la musique club" recèle de nombreux et rares bootlegs.

Pour en revenir à cet edit, il rend hommage au "Forget me nots" de Patrice Rushen, titre au clap cinglant et au break d'anthologie. George Michael s'était emparé du refrain pour l'adlib de "Fastlove".

5/ DAVID JOSEPH "Let's live it up (Nite people)" : le vrai tube de David Joseph reste "You can't hide your love (from me)" en version originale, le remix de Larry Levan étant hélas dépouillé de ses effets les plus flatteurs (il nous avait déjà fait le coup sur "Walking on sunshine" de CENTRAL LINE !). Ce follow-up tient la comparaison même si l'arrangement manque lègèrement de cette flamboyance qui m'est chère.

6/ REGINA "Baby love" : tout comme Alisha, Regina est un clône de MADONNA qui suit les traces du fabuleux "Get into the groove" de la "croqueuse". Très grot hit en France en 1985 et tube du Patch Club, of course.

7/ FIVE STAR "Love takes over" : après "All fall down", la Pearson Family frappe à nouveau avec ce hit calibré pour les minettes anglaises. Le single entrera dans le Top 10 des R'n'B Charts US en 1985.

8/ CHAKA KHAN "Love of a lifetime" : voilà un single très intéressant de Chaka Khan puisque remixé par Green du groupe SCRITTI POLITTI, l'un de mes chouchous new-wave des années 80.
Le son du synthé Fairlight (celui utilisé notamment par Art of Noise), l'un des plus puissants au monde à l'époque, donne ici toute sa puissance. Notez l'extrême clarté des sons.
Si vous craquer pour ces teintes électro-pop, achetez sans tarder leur album phare, "Cupid & Psyche 85", véritable écrin de mélodies exquises telles "Absolute", "The Word Girl, "Wood Beez (Pray Like Aretha Franklin)" ou "Perfect way".

9/ PRINCE "1999" : en 1982, Prince Rogers Nelson sort un double album capital sous le nouveau pseudo de Prince & The Revolution. C'est à la demande de la maison de disque (qui juge le tracklisting insuffisamment commercial) que Prince se fend de la composition de cet hymne qui deviendra le seul tube de l'album.
"So tonight we're gonna party like it's 1999", clame le refrain comme l'ultime fête avant l'apocalypse finale que laisse craindre l'arrivée du nouveau siècle.
J'ai toujours admiré la capacité des musiciens à composer sous la contrainte des tubes en claquant dans les doigts... comme si cet accouchement n'était qu'une simple formalité.

10/ Abondamment joué dans mes Skyrock Top Dance Megamixes, ce remix DMC de "Pray" de MC HAMMER est un pandémonium où les samples de plusieurs titres de Prince l'emportent largement sur la mélodie originale reléguée au rang de faire-valoir.

11/ SIMON HARRIS "I've got your pleasure control" : chef d'œuvre incontesté de ce producteur anglais qu'on ne remerciera jamais assez de nous avoir fourni une multitude de vynils compilant samples et breaks.
Vous aviez découvert les remixes dans l'un de mes premiers sets. C'est Lonnie Gordon qui assure les vocaux de ce tube hargneux au possible.

12/ EL DEBARGE "You wear it well" : la version album était déjà excellente, ce remix club est l'un des derniers feux d'une black music policée en route vers sa mutation house.
C'est l'un des disques que j'ai le plus joués dans mes derniers mois au Patch Club.
Cet arrangement aux petits oignons n'a rien perdu de sa puissance, 25 ans après sa sortie sur le label Motown.

13/ JELLYBEAN "Jingo" : datant de 1987, c'est le premier hit du mentor de François K. C'est la reprise du "cultissime" (pardon pour le barbarisme, mais je m'autorise parfois une entorse aux règles linguistiques) titre de Candido.

vendredi 12 mars 2010

N° 59 : May the funk be with you (Le Palace and Patch Club fierce hits, Jesse Johnson, Prince...)

Set non disponible



Sans doute l'un des sets les plus hargneux, les plus jubilatoires et jouissifs que j'ai eu à réaliser depuis ces quelques 14 mois que je vous propose mes coups de cœur.
Les enchaînements sont pratiquement tous réalisés dans un style old school, c'est à dire "cut" et lancés au doigt. Une méthode qui demande sang-froid, dextérité, une grande stabilité de la cellule et beaucoup de chance lorsque l'on est pas rôdé à l'exercice.
Je me suis planté souvent sur l'ouvrage mais le résultat est là. Sûr que je ne pourrais pas reproduire ce set en "live"...trop casse-gueule.

Le funk, ce viatique extraordinaire que les Noirs ont progressivement perdu en voulant à tout prix séduire le public blanc, est ici présenté dans toute sa diversité et sa splendeur.

Tous ces titres ont été des tubes essentiels de mes deux clubs de référence, Le Palace et le Patch Club, à quelques exceptions près.

1/ FRANK HOOKER AND THE POSITIVE PEOPLE "This feeling" : un titre qui respire la joie de vivre, un break d'anthologie, le tube parfait mixé par quelque sorcier du son, l'année 1981 fut vraiment gâtée.
Le vulgum pecus s'est sans doute royalement foutu de ce chef d'œuvre d'une urgence absolue mais pardonnons-le, il ne savait pas.

Si vous êtes montés au 8ème ciel sur ce titre, procurez vous sans tarder la revisite fabuleuse par MOTOR CITY DRUM ENSEMBLE (raw cuts 1 B). Ce bootleg est rare mais précieux, missile doté d'un son...monstrueux.

2/ THE BROTHERS JOHNSON "Stomp" : un son d'une clarté et d'une précision digne d'un Quincy Jones des grands soirs...normal, il en est le producteur.
Quincy reprendra le titre en 1996 avec l'inoubliable version de Mousse T.

3/ D-CLASSICS "Groove" : ce re-edit français réalisé par Nico (Section '79) et sorti en bootleg n'indique pas le nom de l'artiste.
Si quelqu'un peut éclairer ma lanterne, son info sera la bienvenue. Selon le site Nuloop sur lequel je me suis procuré le vynil, ce serait la bande originale d'un film français des années 70.

4/ BROOKLYN DISCO "Tones of funk" : je me demande si cet "unrelased" n'est pas la pénultième œuvre de ma carrière de producteur.
Trop de samples (Kleeer, Gap Band, Count Coolout, Vertical Hold...), ce titre chargé au maximum fut boudé par les labels à qui je le proposait. Lui aussi mourut dans l'indifférence, exhumé ici pour la gloire.
La base musicale est extraite de "De Kleeer Ting" de KLEEER. Elle fut l'occasion de triturer et de calibrer au millimètre l'ouverture du filtre affecté au sample à la molette du clavier-maître.

Onze ans après sa création, je reste fier de cette production qui pourrait ébaubir le public le plus funky et regrette qu'elle n'ait pu être commercialisée.

Entrée dans le royaume princier....

5/ JESSE JOHNSON "Love struck" : repéré dans le Skyrock Skydance en 1988.
Jesse Johnson était le guitariste du groupe THE TIME produit par Prince. J'avais retenu de leur premier album, le très speed "Cool", titre régulièrement joué par DJ Pierre au Patch Club.
Jesse Johnson remixa notamment le "Andy" des RITA MITSOUKO, autre titre présenté par RLP à l'époque sur Skyrock... une pièce rare que je jouerai peut-être dans un futur set.

6/ PRINCE "Sexy Dancer" : du mémorable album éponyme de PRINCE sorti en 1979, on a tous en mémoire "I wanna be your lover" qui provoqua un véritable engouement dans les discothèques françaises de l'époque. Je me demande même si ce single n'a pas frôlé la place N°1 du Hit des Clubs de Bernard Schu diffusé sur RTL. Ce titre fut en tout cas N°1 du R'n'B Chart américain et s'érigea comme premier N°1 de l'artiste.
Au Palace, le DJ blond américain qui officiait le dimanche soir s'était emparé d'un autre titre de l'album tout aussi redoutable, "Sexy Dancer".

7/ TWENNYNINE & LENNY WHITE "Twennynine (the rap)" : grand classique du Patch Club, il entre dans la liste des titres que cette discothèque à dû être la seule à jouer en France. Le funk, ses accords de synthés colorés (Roland Jupiter 6, sans doute) et ses guitares saturées s'expriment totalement, puisant dans le creuset façonné par Prince.
Une grande claque pour la piste, je dirais même un redoutable horion !

8/ PRINCE "Head" : résolument tourné vers le public rock, PRINCE électrise ses arrangements et l'album "Dirty Mind" (1980) propose des titres très audacieux comme son titre éponyme. Ce sera un échec commercial.
"Head", lui, reste ancré dans un classicisme rassurant et nous permet de découvrir la nouvelle recrue du Kid, Lisa Coleman, qui remplace au clavier une autre musicienne, Gayle Chapman, qui ne supportait plus les dérives graveleuses de l'artiste.

La voix totalement sexy de Lisa Coleman marquera à jamais le single "1999".
On la retrouvera plus tard au sein du duo "Wendy & Lisa".

A noter le récent remix de "Head" et de "Chelsea" par Yam Who.

Départ de la galaxie princière...

9/ SHOCK "Let your body do the talkin'" : un mixage monstrueux pour l'époque ! Je ne sais pas qui est ce Roger Sause, producteur, ingénieur du son et leader du groupe, mais il faut bien admettre qu'en cette année 1982, il a doté son album d'une perfection sonore que peu d'albums produits de nos jours peuvent prétendre avoir égalé.
C'est encore un titre incontournable du Patch Club.

10/ THE STRIKERS "Body Music" : les linéaments du talent immense de Shep Pettibone furent gravés sur galette à l'occasion de la sortie des deux doubles packs "Mastermixes" de la radio new-yorkaise Kiss FM.

11/ DISCO DEVIANCE "NY Jump" (BC Edit) : un des nombreux bootlegs que je me procure chaque mois auprès de mon fournisseur de vynils (www.decks.de).
Un choix énorme, une grande place réservée aux titres soulful et disco-funk... sans doute le plus grand disquaire européen. Orpailleur immodéré de pépites soul, je me délecte chaque mois à tamiser le sable de ses rivières.
Ce remix dynamite le "Jump to it" d'ARETHA FRANKLIN tout en lui apportant une touche mélancolique par quelques notes de piano.

12/ SECRET WEAPON "Must be the music" : voilà un titre assez mollasson de l'époque que Shep Pettibone a su transfigurer dans ce Kiss FM's Mastermix.
Très intelligemment, Pettibone attaque d'entrée avec l'exceptionnelle partie rap qui était reléguée à la fin du titre original. Ce rap (qui n'est pas sans rappeler dans le flow le "Paris Latino" de Bandolero) est d'ailleurs l'épine dorsale du remix.
Rapidement, il propose un break instrumental bourré d'edits et de percussions, laissant libre cours à la créativité du DJ qui le joue.
A mon sens, "Must be the music" est son meilleur Mastermix.

vendredi 1 janvier 2010

N° 50 : One night at the Patch Club (Stone City Band, Funkapolitan, Prince Charles and the Funky Beat...)

Set non disponible



Merci de votre fidélité croissante au blog de DJ Bertrand, votre hôte. Ce DJ Bertrand là n'est pas né en 1971 (auquel cas il accuserait 10 ans de moins et s'en trouverait fort réjoui) et n'a jamais failli devenir une rock star. Sa première tentative de mini-concert à l'âge de 15 ans a tourné au fiasco. Voulant frimer devant les filles en gesticulant lors de son premier solo de guitare, il marcha malencontreusement sur le câble qui la reliait à l'ampli ! Carrière terminée.


Nouveau set hommage au Patch Club avec 45 premières minutes très représentatives de l'ambiance et du style que l'établissement avait su imposer à une clientèle finalement flattée de se voir proposer une programmation assez avant-gardiste.

Comme le rapportait sur ce blog mon ami DJ Pierre, DJ historique du Patch Club, la réputation de l'endroit avait largement dépassée les frontières du Val de Marne à tel point que Fabrice Emaer, fondateur du Palace, en connaissait même l'existence.

Dépourvu de "carré VIP" (l'endroit était trop exigu pour se le permettre), le Patch Club n'avait pas l'honneur de recevoir des "people" mais son atmosphère sécurisante était un must pour la jeunesse dorée de La Varenne (le quartier chic de l'Est parisien).
Jamais aucune affaire de drogue ni aucune rixe ne vint entacher la réputation de l'établissement !

Singularité amusante, le Patch Club était doté de 2 petites salles en hauteur dont une salle de ping-pong où les clubbers pouvaient se défouler ou récupérer en profitant, en fond musical, de l'ambiance de la piste du bas.

Tout comme au Palace, le DJ se permettait de casser subitement le rythme en diffusant des extraits de concerts ou de films pendant quelques instants avant de repartir de plus belle sur un nouveau concept musical.
Phénomène rare, des 1/4h rock ou slow ajoutaient à l'atmosphère chaleureuse de l'endroit et les soirées se terminaient souvent vers 4h30 par une longue série jazz-funk destinée aux vieux habitués et piliers de bar qui profitaient enfin d'une piste plus fluide.

La plupart des titres que vous aller entendre seront une énigme pour vous. Certains n'ont été des hymnes que dans cette seule discothèque française.
Le disque le plus joué de l'histoire du Patch Club est sans conteste "How do you do?" d'AL HUDSON & THE SOUL PARTNERS.
Beaucoup vont se demander comment on peut remplir une piste avec un titre aussi spécifique ? la seule réponse est "C'était le Patch, ça ne s'explique pas".
Tout cela rejoint mon opinion selon laquelle "la culture, ça s'impose" ; les gens finissent toujours tôt ou tard par être conquis par ce qui n'est pas évident à la première écoute et en redemandent par la suite. Il faut juste avoir le courage de voir sa piste se vider lors du lancement de nouveautés.
Les Larry Levan et autres Frankie Knuckles ont, eux aussi, affronté parfois cette sorte d'humiliation.
Il y a plus d'honneur à se risquer à faire découvrir et faire aimer des titres inédits et audacieux que de jouer petit bras comme un DJ de soirée de mariage.


1/ PRINCE CHARLES & THE CITY BEAT BAND "Beat the bush" : un groupe de pur funk dans la lignée de Gap Band ou Grand Master Flash.
Utilisant des voix vocodées comme il est de mise dans ce style, ce maxi extrait de l'album "Stone Killers" (1983) est sans doute très confidentiel pour le grand public mais ce fut pourtant un tube majeur du Patch Club.

2/ WAS (NOT WAS) "Tell me that i'm dreaming" : le premier titre funk utilisant la mandoline !
Ce groupe syncrétique de Detroit, friand de la fusion des genres, oscillait en permanence entre rock, jazz et funk.
Doté d'un son gras et lourd, ce maxi extrait de l'abum "Out come the Freaks" (1981) inflige un riff de guitare d'une maestria rarement égalée, appuyée par une basse largement mixée devant.
Véritable brûlot anti-Reagan (l'homme qui tua le disco !), il sample un extrait de l'un de ses discours (Etat de l'Union - 1981).

3/ ROD "Just keep on walking" : en 1981, Rod (diminutif de son vrai nom Rod Niangandoumo) se fait connaître en France avec le très "plan-plan" "Shake it up (do the Boogaloo)". Cet artiste produit par Charles Ibgui, PDG du label Atoll et important éditeur parisien, connait l'honneur d'être signé sur le prestigieux label Prelude Records.
François K, producteur et directeur artistique du label, règle le thermostat de la piste au maximum pour ce "Keep on walking" absolument prodigieux.

4/ GQ "Disco nights (Rock Freak)" : arrangé à la perfection, c'est pratiquement le seul hit de ce groupe multi-compilé, un titre qui atteindra la 1ère place du R'n'B singles charts américain en 1979.
En 1981, "Shake" sera le seul autre titre du groupe qui sera joué au Patch.

5/ THELMA HOUSTON "If you feel it" : pour beaucoup, Thelma Houston se résume à un single, "Don't leave me this way".
Les puristes, eux, savent que ce "If you feel it", titre à la slap basse hargneuse, rivalise largement en qualité... mais il n'est pas entré dans l'Histoire.

6/ THE STONE CITY BAND "Ladies choice" : la formation de Rick James, véritable sauveur d'un label Motown en pleine déconfiture !
A la fin des années 70, devenu trop policé pour son époque, le label de Detroit s'essouffle. Berry Gordy a l'idée de signer Rick James, autodidacte aux influences multiples (jazz, rock, R'n'B...) pour insuffler une nouvelle dynamique au label.
Lors des tournées du Stone City Band, Prince, encore inconnu, assure même certaines premières parties.

En 1980 sort Street Songs", album sur lequel figure le titre "Give it to me baby", tube planétaire qui renflouera largement le tiroir-caisse de la Motown.

En 1983, "Ladies choice" représente en quelque sorte l'apothéose du style funk-rock inventé par Rick James et sa bande.

Hélas, dépassé par le succès, Rick James connaitra la descente aux enfers (drogue, prison...).

Réapparu furtivement en 1988 grâce au mix house de "Loosey's rap" réalisé par Steve Silk Hurley, il décédera en 2004 dans l'indifférence générale.

7/ FUNKAPOLITAN "As the time goes by" : produit par August Darnell (le chanteur-fondateur de Kid Creole & The Coconuts et, plus anciennement, du très décalé Dr. Buzzard's Original Savannah Band), ce titre de funk anglais fut de manière tout aussi surprenante un tube du Patch Club. Je ne sais pas si plus d'une dizaine de boîtes en France l'ont également programmé !

8/ PLEASURE "Take a chance" : la quintessence d'un funk mâtiné de jazz ! Le genre de morceau que l'on réservait à cette clientèle plus élitiste en fin de soirée.
Et dire que j'avais découvert ce titre magique dans l'émission "Destination Planète 7" animée par Smith & Wesson sur Radio 7, première radio FM du réseau public créée pour les jeunes en 1980.
Ce genre d'émotion ne risque pas de se reproduire sur les radios FM "ladygagatisées" qui encombrent le paysage actuel. Mais sans doute que je suis un vieux machin qui n'a pas su évoluer avec son temps.
Heureusement qu'en matière de cinéma, les œuvres de Hitchcock ou Fellini ne sont pas considérées comme de vieilles reliques.

9/ PRINCE "Erotic city" : en 1981, j'ai loupé le premier concert parisien de ce génie du funk sur la scène du Palace. J'aurais pu observer un étrange personnage vêtu simplement d'un slip et de bas à jarretelles !
"Erotic City" est une simple face B du tube "Let's go crazy", extrait de l'album"Purple Rain".
Redoutable machine à faire danser, c'est la voix suave et sensuelle de Sheila E. qui contrebalance l'atmosphère d'une froideur implacable.

10/ THE JETS "Crush on you" : en 1986, quand ce disque est sorti, le Patch n'existait déjà plus. Il n'aura pas pu tester l'impact de la house sur ce qui lui restait de clientèle.
Le Patch Club est mort lentement, en douceur, laissant ses derniers clients comprendre que la décoration vieillissante, délabrée signifiait les prémices d'une fermeture imminente.
Quant à ce titre des JETS, son break a longtemps suscité en moi l'envie de le placer dans une composition. C'est en 2000 qu'Alan Braxe et Fred Falke trouvent l'ouverture la plus simple en construisant une rythmique originale et une ligne de basse disco autour du sample ("Intro").

11/ TEMPER "No favors" : titre de 1984 extrêmement rapide pour l'époque (128 BPM), il n'était pas évident de l'inclure dans une programmation, alors il finissait souvent les séries funk avant les traditionnels 1/4h rock ou slow.

12/ DESARAÉ WILD “Give me the rhythm” : le premier maxi estampillé Strictly Rhythm qui ait rejoint ma discothèque...et le deuxième officiellement sorti par le label new-yorkais. Comme quoi je n'ai pas perdu de temps à être contaminé par le virus Strictly Rhythm !

Encore très connoté "early house", il dessine avec ses accords de piano jazzy les traits d'un style New Jersey Garage naissant.

13/ 2 IN A ROOM "Take me away" : un mix assez sale de Junior Vasquez qui utilise la voix de Loleatta Holloway.
En 1991, les producteurs français de BOND 55 reprendront le gimmick de violons pour le tube "Rave on me" largement programmé dans mes Skyrock Top Dance Megamixes.

14/ TKA "Crash (Have some fun)" : un titre composé par le belge Frank de Wulf (sans doute l'un des meilleurs producteurs de son pays) et sorti sur le label électro new-yorkais Tommy Boy en 1990.

La semaine prochaine, retour du cool tempo afin de récupérer un peu des festivités de fin d'année.

lundi 1 juin 2009

N° 22 : Patch Club All-Stars (Stephanie Mills, Sharon Redd, Serge Ponsar, Steve Arrington...)


Set non disponible





L'heure est venue de rendre hommage à ce club, terreau de ma culture musicale.

Le Patch Club était situé sur les bords de Marne, à La Varenne Saint-Hilaire dans le Val de Marne.
Il est né avec la disco et a disparu avant l'émergence de la house music, en 1986.

Entreprise familiale tenue d'un main de fer, l'entrée au club se faisait généralement par cooptation et le filtrage était impitoyable. La tenue devait être soignée et le port de baskets était proscrit.

C'est sans nul doute la première discothèque française à avoir joué exclusivement des titres funk américains en import. Le fournisseur était le magasin Champs-Disques situé sur les Champs-Elysées.
Eddy, le patron, était un personnage haut en couleur, très marqué par le mode de vie américain et campé sur des convictions profondes en matière de musique. La légende veut que, devant l'insistance d'un vendeur à lui faire acheter le Rockcollection de Laurent Voulzy, il ait accepté pour casser immédiatement le vynil devant ses yeux médusés !!!

Le Patch Club refusa toujours de figurer dans les fichiers des promos clubs des maisons de disques, préférant cette totale liberté qui permet une audace absolue en matière de programmation. Il est clair que lorsque des titres disco-funk passaient dans le Hit des Clubs RTL de Bernard Schu, il y a belle lurette qu'on ne les jouait plus au Patch Club.

Le lieu exigu (environ 300 personnes maximum) permettait de trier sur le volet ces clients venant de toute la région parisienne pour entendre ce que personne ne jouait ailleurs.

Sanctuaire de l'authentique musique black, la clientèle y était pourtant exclusivement blanche. Je n'ai jamais connu que 2 blacks, clients familiers du boss, qui "faisaient le show" avec talent sur la piste tous les samedis. Ça n'est pas que cette communauté était exclue mais plutôt que le Patch était situé dans l'une des banlieues les plus chic de la région parisienne. Néanmoins, nos blacks français n'étaient, à l'évidence, pas concernés par cette vague disco-funk. D'origine africaine ou antillaise, ils n'avaient que faire d'une musique qu'ils n'avaient pas inventée, à laquelle ils ne pouvaient s'identifier.

Le Patch fut aussi le premier club à disposer d'un large écran vidéo, diffusant clips, documentaires et extraits de films durant la soirée. Combien de clips disco fabuleux étaient projetés en live durant les sets (je repense notamment au titre Let's (Rock'n Roll) du groupe Atlantic Starr).

Afin de surprendre la clientèle en permanence, la déco était remaniée tous les 15 jours.
Ultime singularité, A 5h du matin, un petit déjeuner était offert au bar pour les derniers fêtards.

Après avoir intégré modestement le staff en tant que DJ le dimanche soir, j'ai été choisi pour en devenir le DJ-résident de 1985 à 1986.
Malheureusement pour moi, le DJ précédent et ses goûts de chiottes (Jackie Quartz, Jeanne Mas...) avait fait fuir la clientèle historique, ne me laissant qu'un club exsangue, ringardisé, qui, mis en sommeil progressivement par ses créateurs pour des activités plus juteuses, connut donc une lente agonie, cette agonie pitoyable lorsqu'on a vécu les fastes et la gloire.

Voici un petit florilège des titres-phares sur lesquels le public a vibré ainsi que quelques oeuvres plus tardives.

1/ STEPHANIE MILLS "You can't run from my love" : 1979 fut l'année du grand démarrage avec "Whatcha gonna do with my lovin'" (repris 10 ans plus tard par Inner City) puis vint ce tube imparable, les deux titres étant l'oeuvre le duo James Mtume-Reggie Lucas.

2/ SHARON REDD "Can you handle it" : hommage à cette chanteuse disparue trop tôt avec la version originale. Il me paraît cependant assez indispensable de s'offrir une séance d'extase sur le dub de François K qui porte aux nues l'instrumental jazzy et cette furieuse guitare wah-wah qui s'imagine par moments entre les mains de George Benson. Si l'on devait symboliser la quintessence des arrangements du label Prelude, il pourrait bien être l'Elu. Ce fut l'un des hymnes de mes soirées Palace.

3/ CENTRAL LINE "Walking on sunshine" : cette version originale me parait supérieure à celle de Larry Levan qui, sans doute peu inspiré le jour du mix, enleva carrément les reverbs sur les pistes essentielles dont celles des voix !

4/ SERGE PONSAR "Out in the night" : une excellente production signée par le vétéran John Luongo que j'évoquerai dans un prochain article. Après ce "one shot" funky, Ponsar bifurqua vers le zouk. Il mourut prématurément au début des années 90.

5/ VESTA WILLIAMS "Once bitten twice shy" : une découverte du Skydance ! ancienne choriste, notamment de Chaka Khan, Vesta sort son premier album solo en 1986. Once bitten twice shy est un titre d'une puissance et d'une clarté extraordinaires ; il est mixé par Steve Hodge qui a travaillé sur des singles de Janet Jackson (Let's wait awhile, Control) ou Alexander O' Neal (Criticize).

6/ JOHNNY GILL "Rub you the right way" : en congé de son groupe, New Edition, il signe ici l'un des plus gros hits de sa carrière solo (1990), un titre martelé par RLP dans le Skydance. Son ancien collègue, Bobby Brown, qui avait quitté le groupe dès 1986, montra la voie avec ses tubes Don't be cruel, Every little step, On our own et My prerogative.

7/ JAMES BROWN "Static" : le décalage d'1/8ème de temps avec un mix en switch de deux titres identiques fut une révélation pour moi lorsque je l'entendis réalisé dans un Skydance megamix sur le Static de James Brown. Je rejoue avec délectation cette partition étrange pour ce set. C'est le rappeur E-Crof et ses scratches démoniaques qui ont la part belle dans ce mix d'anthologie, le Godfather of Soul étant réduit à un simple accessoire.

8/ et 9/ PRINCE "Get Off" (Urge Mix et Flutstramental) : deux mixes géniaux, fruits d'un Steve Silk Hurley touché par la grâce ; le premier, très swing et totalement jazz avec ses accords de piano contrariés ; le deuxième, plus house et binaire qui met en valeur la flûte traversière. Étrangement, ce Urge Mix est, en fait, son Houstyle Mix, mais Steve Hurley n'est pas crédité sur la pochette !! une grosse bavure ???

10/ CLIVE GRIFFIN "I'll be waiting" : une production Morales de 1991 avec des accords de piano qui rappellent le titre Human de Human League. Le petit gimmick de voix est aussi utilisé dans le Unfinished Sympathy de Massive Attack. Portée par un arrangement symphonique, cette voix très proche de celle de Rick Astley est calibrée pour le marché anglais.

11/ STEVE ARRINGTON "Feel so real" : Steve Arrington est un ancien membre du groupe funk, SLAVE. Progressivement investi dans une mission christique, il prit le virage gospel vers 1986. Ce morceau fut l'un des hymnes du Patch Club, le genre de titre festif "à la All night long" que l'on joue sans crainte à l'heure de pointe. C'est le follow-up d'un autre titre de la même veine, Dancing in the key of life (1985).

12/ DAYTON "The sound of music" : un titre curieusement ignoré par le Patch Club. Au début des années 80, face aux innombrables sorties de titres tous aussi fabuleux les uns que les autres et malgré les visites régulières au magasin Champs-Disques, il a pu arriver que le DJ laisse filer un ou deux joyaux. Les sans-fautes n'existent pas. DAYTON fut, comme ZAPP, SLAVE, LAKESIDE, DAZZ BAND et OHIO PLAYERS, l'un des nombreux groupes funk originaires de l'Ohio. Dayton est d'ailleurs le nom d'une ville de cet Etat.
Extrait de son 4ème album, Feel the music, le single The sound of music (et son intro vocodée) résonne comme le seul véritable hit du groupe.

13/ STEPHANIE MILLS "The medicine song" : énorme, énorme ! coup de chapeau à Mark Berry pour avoir réalisé un arrangement aussi impressionnant. Des toms qui martèlent, une ligne de synthé-basse carrément électro, les murs de l'ancien Patch Club en tremblent encore.

14/ BAR-KAYS "Sexomatic" : un titre qui marque la conversion définitive du funk aux boîtes à rythme. C'est encore cet incroyable Mark Berry que l'on retrouve à la production. J'avoue que le tournant métronomique et froid pris par le funk a marqué le début de mon désintérêt pour cette musique. Je me revois encore en 1986, errant dans les magasins de disques à la recherche de titres possédant encore un peu de groove. Cette année-là marqua donc la mort définitive de la musique club dans sa forme originelle, c'est à dire jouée par de vrais musiciens (batteur, bassiste, guitariste et éventuellemement section de cuivres). Mais, aux ordres de l'évolutionnisme darwinien, l'oreille finit par capituler et s'adapter. Et la house finit par déferler.

15/ ALISHA "Baby talk" : le tube retentissant Into the groove de Madonna (1985) enfanta de nombreux clônes dont ce Baby Talk produit par l'inévitable Mark Berry (il faudra que je lui réserve un article !) et remixé par Shep Pettibone. Je crois que la copie vaut largement "l'original", la mélodie pop et son refrain imparable diffusant leurs phéromones de séduction.

16/ BABYFACE "It's no crime" : cet "incontournable" de l'émission Skydance est l'oeuvre d'un des producteurs RnB les plus talentueux. Après avoir travaillé avec des artistes tels que Karyn White, Pebbles, Sheena Easton ou Bobby Brown, sa carrière solo débute véritablement en 1989 avec ce titre. Dès lors, les collaborations prestigieuses s'enchaîneront : Madonna (Take a bow), Whitney Houston (I'm Your Baby Tonight), Boyz II Men (I'll Make Love to You, End of the road), Toni Braxton (Breathe again) et Eric Clapton (Change the world).