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lundi 1 juin 2009

N° 22 : Patch Club All-Stars (Stephanie Mills, Sharon Redd, Serge Ponsar, Steve Arrington...)


Set non disponible





L'heure est venue de rendre hommage à ce club, terreau de ma culture musicale.

Le Patch Club était situé sur les bords de Marne, à La Varenne Saint-Hilaire dans le Val de Marne.
Il est né avec la disco et a disparu avant l'émergence de la house music, en 1986.

Entreprise familiale tenue d'un main de fer, l'entrée au club se faisait généralement par cooptation et le filtrage était impitoyable. La tenue devait être soignée et le port de baskets était proscrit.

C'est sans nul doute la première discothèque française à avoir joué exclusivement des titres funk américains en import. Le fournisseur était le magasin Champs-Disques situé sur les Champs-Elysées.
Eddy, le patron, était un personnage haut en couleur, très marqué par le mode de vie américain et campé sur des convictions profondes en matière de musique. La légende veut que, devant l'insistance d'un vendeur à lui faire acheter le Rockcollection de Laurent Voulzy, il ait accepté pour casser immédiatement le vynil devant ses yeux médusés !!!

Le Patch Club refusa toujours de figurer dans les fichiers des promos clubs des maisons de disques, préférant cette totale liberté qui permet une audace absolue en matière de programmation. Il est clair que lorsque des titres disco-funk passaient dans le Hit des Clubs RTL de Bernard Schu, il y a belle lurette qu'on ne les jouait plus au Patch Club.

Le lieu exigu (environ 300 personnes maximum) permettait de trier sur le volet ces clients venant de toute la région parisienne pour entendre ce que personne ne jouait ailleurs.

Sanctuaire de l'authentique musique black, la clientèle y était pourtant exclusivement blanche. Je n'ai jamais connu que 2 blacks, clients familiers du boss, qui "faisaient le show" avec talent sur la piste tous les samedis. Ça n'est pas que cette communauté était exclue mais plutôt que le Patch était situé dans l'une des banlieues les plus chic de la région parisienne. Néanmoins, nos blacks français n'étaient, à l'évidence, pas concernés par cette vague disco-funk. D'origine africaine ou antillaise, ils n'avaient que faire d'une musique qu'ils n'avaient pas inventée, à laquelle ils ne pouvaient s'identifier.

Le Patch fut aussi le premier club à disposer d'un large écran vidéo, diffusant clips, documentaires et extraits de films durant la soirée. Combien de clips disco fabuleux étaient projetés en live durant les sets (je repense notamment au titre Let's (Rock'n Roll) du groupe Atlantic Starr).

Afin de surprendre la clientèle en permanence, la déco était remaniée tous les 15 jours.
Ultime singularité, A 5h du matin, un petit déjeuner était offert au bar pour les derniers fêtards.

Après avoir intégré modestement le staff en tant que DJ le dimanche soir, j'ai été choisi pour en devenir le DJ-résident de 1985 à 1986.
Malheureusement pour moi, le DJ précédent et ses goûts de chiottes (Jackie Quartz, Jeanne Mas...) avait fait fuir la clientèle historique, ne me laissant qu'un club exsangue, ringardisé, qui, mis en sommeil progressivement par ses créateurs pour des activités plus juteuses, connut donc une lente agonie, cette agonie pitoyable lorsqu'on a vécu les fastes et la gloire.

Voici un petit florilège des titres-phares sur lesquels le public a vibré ainsi que quelques oeuvres plus tardives.

1/ STEPHANIE MILLS "You can't run from my love" : 1979 fut l'année du grand démarrage avec "Whatcha gonna do with my lovin'" (repris 10 ans plus tard par Inner City) puis vint ce tube imparable, les deux titres étant l'oeuvre le duo James Mtume-Reggie Lucas.

2/ SHARON REDD "Can you handle it" : hommage à cette chanteuse disparue trop tôt avec la version originale. Il me paraît cependant assez indispensable de s'offrir une séance d'extase sur le dub de François K qui porte aux nues l'instrumental jazzy et cette furieuse guitare wah-wah qui s'imagine par moments entre les mains de George Benson. Si l'on devait symboliser la quintessence des arrangements du label Prelude, il pourrait bien être l'Elu. Ce fut l'un des hymnes de mes soirées Palace.

3/ CENTRAL LINE "Walking on sunshine" : cette version originale me parait supérieure à celle de Larry Levan qui, sans doute peu inspiré le jour du mix, enleva carrément les reverbs sur les pistes essentielles dont celles des voix !

4/ SERGE PONSAR "Out in the night" : une excellente production signée par le vétéran John Luongo que j'évoquerai dans un prochain article. Après ce "one shot" funky, Ponsar bifurqua vers le zouk. Il mourut prématurément au début des années 90.

5/ VESTA WILLIAMS "Once bitten twice shy" : une découverte du Skydance ! ancienne choriste, notamment de Chaka Khan, Vesta sort son premier album solo en 1986. Once bitten twice shy est un titre d'une puissance et d'une clarté extraordinaires ; il est mixé par Steve Hodge qui a travaillé sur des singles de Janet Jackson (Let's wait awhile, Control) ou Alexander O' Neal (Criticize).

6/ JOHNNY GILL "Rub you the right way" : en congé de son groupe, New Edition, il signe ici l'un des plus gros hits de sa carrière solo (1990), un titre martelé par RLP dans le Skydance. Son ancien collègue, Bobby Brown, qui avait quitté le groupe dès 1986, montra la voie avec ses tubes Don't be cruel, Every little step, On our own et My prerogative.

7/ JAMES BROWN "Static" : le décalage d'1/8ème de temps avec un mix en switch de deux titres identiques fut une révélation pour moi lorsque je l'entendis réalisé dans un Skydance megamix sur le Static de James Brown. Je rejoue avec délectation cette partition étrange pour ce set. C'est le rappeur E-Crof et ses scratches démoniaques qui ont la part belle dans ce mix d'anthologie, le Godfather of Soul étant réduit à un simple accessoire.

8/ et 9/ PRINCE "Get Off" (Urge Mix et Flutstramental) : deux mixes géniaux, fruits d'un Steve Silk Hurley touché par la grâce ; le premier, très swing et totalement jazz avec ses accords de piano contrariés ; le deuxième, plus house et binaire qui met en valeur la flûte traversière. Étrangement, ce Urge Mix est, en fait, son Houstyle Mix, mais Steve Hurley n'est pas crédité sur la pochette !! une grosse bavure ???

10/ CLIVE GRIFFIN "I'll be waiting" : une production Morales de 1991 avec des accords de piano qui rappellent le titre Human de Human League. Le petit gimmick de voix est aussi utilisé dans le Unfinished Sympathy de Massive Attack. Portée par un arrangement symphonique, cette voix très proche de celle de Rick Astley est calibrée pour le marché anglais.

11/ STEVE ARRINGTON "Feel so real" : Steve Arrington est un ancien membre du groupe funk, SLAVE. Progressivement investi dans une mission christique, il prit le virage gospel vers 1986. Ce morceau fut l'un des hymnes du Patch Club, le genre de titre festif "à la All night long" que l'on joue sans crainte à l'heure de pointe. C'est le follow-up d'un autre titre de la même veine, Dancing in the key of life (1985).

12/ DAYTON "The sound of music" : un titre curieusement ignoré par le Patch Club. Au début des années 80, face aux innombrables sorties de titres tous aussi fabuleux les uns que les autres et malgré les visites régulières au magasin Champs-Disques, il a pu arriver que le DJ laisse filer un ou deux joyaux. Les sans-fautes n'existent pas. DAYTON fut, comme ZAPP, SLAVE, LAKESIDE, DAZZ BAND et OHIO PLAYERS, l'un des nombreux groupes funk originaires de l'Ohio. Dayton est d'ailleurs le nom d'une ville de cet Etat.
Extrait de son 4ème album, Feel the music, le single The sound of music (et son intro vocodée) résonne comme le seul véritable hit du groupe.

13/ STEPHANIE MILLS "The medicine song" : énorme, énorme ! coup de chapeau à Mark Berry pour avoir réalisé un arrangement aussi impressionnant. Des toms qui martèlent, une ligne de synthé-basse carrément électro, les murs de l'ancien Patch Club en tremblent encore.

14/ BAR-KAYS "Sexomatic" : un titre qui marque la conversion définitive du funk aux boîtes à rythme. C'est encore cet incroyable Mark Berry que l'on retrouve à la production. J'avoue que le tournant métronomique et froid pris par le funk a marqué le début de mon désintérêt pour cette musique. Je me revois encore en 1986, errant dans les magasins de disques à la recherche de titres possédant encore un peu de groove. Cette année-là marqua donc la mort définitive de la musique club dans sa forme originelle, c'est à dire jouée par de vrais musiciens (batteur, bassiste, guitariste et éventuellemement section de cuivres). Mais, aux ordres de l'évolutionnisme darwinien, l'oreille finit par capituler et s'adapter. Et la house finit par déferler.

15/ ALISHA "Baby talk" : le tube retentissant Into the groove de Madonna (1985) enfanta de nombreux clônes dont ce Baby Talk produit par l'inévitable Mark Berry (il faudra que je lui réserve un article !) et remixé par Shep Pettibone. Je crois que la copie vaut largement "l'original", la mélodie pop et son refrain imparable diffusant leurs phéromones de séduction.

16/ BABYFACE "It's no crime" : cet "incontournable" de l'émission Skydance est l'oeuvre d'un des producteurs RnB les plus talentueux. Après avoir travaillé avec des artistes tels que Karyn White, Pebbles, Sheena Easton ou Bobby Brown, sa carrière solo débute véritablement en 1989 avec ce titre. Dès lors, les collaborations prestigieuses s'enchaîneront : Madonna (Take a bow), Whitney Houston (I'm Your Baby Tonight), Boyz II Men (I'll Make Love to You, End of the road), Toni Braxton (Breathe again) et Eric Clapton (Change the world).