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jeudi 27 janvier 2011

N° 95 : Floating through the decades (Undisputed Truth, Cameo, Jody Watley, Crazy P...)

Set non disponible

Un set qui flotte sur 4 décennies tout en conservant sa fibre black soul.

Et pourtant, c'est JAMIROQUAI et son démiurge blanc Jay Kay qui inaugure le bal.
C'est l'un des rares à avoir tout assimilé du groove des artistes noirs, Stevie Wonder en figure de proue.

En 2005, à l'écoute de l'inquiétant single "Feels just like it should" qui annonçait l'album "Dynamite", on aurait pu craindre le pire, mais quelques semaines plus tard, ce soleilleux "Seven days in sunny June" rassurait finalement les fans historiques comme moi.
Bien que renfermant quelques pépites panthéonisables comme "Dynamite", "Starchild" ou "Time won't wait", l'album connut un succès mitigé en France.
Trop disco pour certains, trop éloigné de l'acid-jazz originel pour d'autres, il ne trouva pas son public et les médias le rangèrent dans l'armoire.

Avec "(Don't) give hate a chance", "Seven days in sunny June" fut le seul titre à bénéficier de remixes dignes d'intérêt dont celui de l'obscur producteur anglais Blackbeard présenté dans ce set.


Pénétration dans un univers beaucoup plus sombre avec ADMEN EDITS VOL. 4 "They don't tell the truth", bootleg d'un titre des UNDISPUTED TRUTH : "Smiling faces sometimes".

En 1971, sous le joug d'une ségrégation raciale que Nixon tentait vainement d'occulter, le groupe de Norman Whitfield sort ce brûlot qui restera comme l'un des titres soul les plus précieux de l'histoire de la musique noire.
Les paroles sont sans concession : "Les visages souriants font parfois semblant d'être vos amis... Méfiez-vous de la poignée de main qui cache un serpent, méfiez-vous de la tape dans le dos, elle pourrait bien vous empêcher d'avancer...".
L'arrangement psychédélique avec ses cordes et cuivres acérés, l'interprétation qui alterne entre la compassion et le swing ouvrent la voie à ce qu'on appellera la "blaxploitation", genre cinématographique totalement dévoué à la fierté de la communauté noire et dont la B.O.F. de "Shaft" est l'exemple le plus connu du grand public bien qu'une bonne vingtaine d'autres bandes originales soient devenues objets de culte auprès des spécialistes.


Au cours du mois de juillet 2010, j'avais eu le bonheur d'écouter un podcast d'un set de Gilles Peterson (DJ et fondateur du label Talkin' Loud) qui avait été joué sur BBC Radio One.
Empli de titres aussi éclectiques que somptueux (il démarrait par un extrait d'une symphonie de Mahler revisitée par Matthew Herbert), j'avais noté l'énergie de ce "Bibi Na Mpu" de la chanteuse tanzanienne MIM SULEIMAN brillamment produit par Maurice Fulton. L'album "Tungi" sorti en 2010 flirte avec l'électro et mérite l'oreille attentive des fans de World Music.


Sorti en 1984, "She's strange" de CAMEO symbolise bien le "paranoïd funk" que la formation de Larry Blackmon avait su créer.
Les hits "Word up" (1986), "Candy" (1986) et "Back & Forth" (1987) marqueront l'apogée d'un groupe formé en 1976 et qui évolua constamment dans l'ombre de Parliament, The Whispers ou Earth, Wind & Fire.


Si CRAZY P a concédé l’abréviation de son véritable nom (Crazy Penis), c'est sans doute pour éviter les foudres de la censure.
J'avais découvert ce duo anglais en 1998 sur une compilation "Jazz in the House" avec le titre "Summer Bummer", mais c'est en 2002 avec l'album "The wicked is music" que je devins véritablement fan. Des titres comme "You started something", "Change" ou "You are we" (notamment remixé par Ian Pooley) sont révélateurs d'un talent qui sera vite mis au service de labels comme le prestigieux Naked Music.

"Never gonna reach me" (Hot Toddy remix) est une autre merveille découverte dans le set de Gilles Peterson. Le remix de Hot Toddy alias Chris Todd (l'un des deux fondateurs du groupe) transfigure la version figurant sur l'album "Love on the line" sorti en 2009.


ROSE ROYCE "You're a winner" : un classique du Patch Club. Je doute qu'un autre club français ait joué ce simple titre d'album à la ligne de basse redoutable.


Le remix Kiss Fm de "Dying to be dancin'" d'EMPRESS réalisé par Shep Pettibone fait lui aussi mouche. Je pense vous avoir joué pratiquement toute la liste de ses extraordinaires versions qui figurent sur les deux compilations que l'on peut se procurer à l'état neuf à prix modeste, frais de port offerts, sur Amazon.com.
EMPRESS est sans doute à nouveau un groupe monté de toutes pièces par le label new-yorkais.

"New kind of medicine" d'ULTRA NATÉ entre de plain-pied dans les sonorités du groupe CHIC qui, s'il existait encore, l'aurait certainement produit dans la même veine.
Malgré cette version particulièrement soignée par Albert Cabrera et fort d'un double pack proposant des mixes de Tenaglia et Morales, ce titre sorti en 1998 ne semble hélas pas avoir marqué les esprits.


Sorti dans l'ombre de"Where love lives", titre monumental d'ALISON LIMERICK, "Come back (for real love)" fit bonne figure sans pour autant entrer dans les charts. Le seul titre qui connut un certain succès par la suite fut le très mainstream "Make it on my own" produit par Steve Anderson du DMC.


JODY WATLEY, ex-chanteuse de Shalamar, a toujours eu le flair pour choisir les bons "featuring" ou s'entourer des producteurs du moment.
  • "Looking for a new love" (1987) avec André Cymone (écurie Prince)
  • "Don't you want me" (1987) avec Bernard Edwards (Chic) et François K
  • "Friends" (1989) avec André Cymone et les rappeurs Eric B. & Rakim
  • "Real love" (1989) avec André Cymone et Louis Silas Jr.
  • "Ecstasy" (1994) avec David Morales
  • "Saturday night experience" (2001) avec Blaze
"I'm the one you need" (1991) produit par le même David Morales est classé dans mon Top 20 des meilleurs mixes du Boss.
Il existe une version rave assez rare (Dead Zone Version) dans laquelle la voix est vocodée et qui figure sur un DMC de 1993.


PAUL SIMPSON "Everybody's a star" (Temple Mix) : autre version de l'un des premiers tubes estampillés "New Jersey Garage".


Final avec l'un des "beds" de mes premières interventions en solo sur Skyrock, dub que j'ai utilisé dernièrement pour présenter mes podcasts : TYCIE & WOODY "The rhythm's gonna get you". Je l'ai toutefois largement charcuté, certains passages étant un peu ennuyeux.

vendredi 24 décembre 2010

N° 91 : Ultimate House Anthems (Hurley's classics, Xpansions, Underground Resistance...)

Set non disponible

Ainsi s'achève une décennie qui n'aura pas été frappée du sceau de la splendeur.

Abstraction faite de tous les drames qui l'ont marquée, son bilan musical n'est guère reluisant.

Sur le déclin car méprisée par les médias, la musique club et notamment la house music, sa cheville ouvrière, se sont vues regroupées sous l'appellation générique de "musiques électroniques" afin de tenir dans un seul rayon dans les grands magasins culturels, véritable fourre-tout qui déroute encore un peu plus les consommateurs.
Dieu sait pourtant que les sous-genres se sont multipliés et qu'il aurait été du devoir des disquaires de bien différencier les divers courants.

Concernant l'esprit originel de la house, c'est le Fort Chabrol d'une poignée de producteurs.
Heureusement, quelques "grands" portent encore l'étendard et leurs disciples émergent peu à peu.

En effet, ce sont les DJ's, souvent starisés, qui ont totalement éclipsé les artistes (accessoirement DJ's) dotés d'une réelle sensibilité musicale en inondant le marché de titres aux mélodies souvent simplistes et aux arrangements d'une pauvreté indicible.
Le but avoué par beaucoup est aujourd'hui de réaliser un tube et de profiter de cette notoriété pour tourner en club, vivant sur ce maigre acquis.

Les DJ's américains historiques comme Frankie Knuckles ou David Morales ont d'abord été des résidents reconnus dans leur fiefs avant de se voir proposer des tournées à travers le monde. C'est au mérite qu'ils ont acquis ce privilège.

D'autre part, alors que nous croulions sous les tubes dans les années 1988-1998, on traque aujourd'hui désespérément le titre qui vous embarquera à la première écoute.
Ce sont des dizaines d'heures d'écoute sur Traxsource, Decks ou bien sur les sites de podcasts que je dois réaliser chaque semaine pour découvrir quelques joyaux.

Ainsi, depuis le début de ce siècle, j'ai dû diversifier mes goûts, me tournant vers la variété française, la lounge, la pop-folk, la nu soul et le nu jazz afin de palier les insuffisances de cette musique fondatrice de ma culture.

Bien plus qu'une inspiration valétudinaire, je pense que l'interdiction des samples ou les épuisantes formalités juridiques afin d'obtenir l'autorisation de les utiliser ont grandement affecté le côté magique et spontané de la house music alors que ces mêmes samples furent à l'origine de son avènement.
Dernière preuve en date, l'ultime tube house de la décennie, le totalement fédérateur "Barbra Streisand" de DUCK SAUCE, est basé sur un sample de Boney M ("Gotta go home").


La house de qualité (souvent appelée "soulful house") existe pourtant bien, tout comme la progressive house, nouvelle appellation de la dance music, mais tels des orpailleurs, il faudra creuser pour dénicher ces pépites car les médias ne vous les livreront pas sur un plateau, le rock, le R'n'B et le rap français de bas étage ainsi que les "nanars" des années 80 encombrant les ondes et les chaînes de télé depuis bien longtemps.

Je crois que la house fut et restera une musique de marginaux, de doux rêveurs et d'alchimistes sans réel message et que c'est cela qui dérange. Les bidouilleurs de Detroit n'ont jamais convaincu l'Amérique.
Un mouvement culturel qui n'est dépositaire d'aucune cause, d'aucun combat, n'a pas voix au chapitre en France, pays des Droits de l'Homme qui se vante constamment d'avoir fait sa Révolution.

Nous prenons donc acte de ce choix arbitraire et retournons dans nos athanors respectifs pour échanger et transmettre nos émotions entre membres de la coterie.

Après tout, la marginalité est peut-être le gardien de l'authenticité.
Le disco est mort de sa démocratisation à outrance. Alors vivons heureux, vivons dans l'ombre.


Voici un set qui donne la part du roi à la house de Chicago, le mouvement musical qui donna l'impulsion avant que la techno existe.

1/ CE CE PENISTON "We got a love thang" (Silky House Thang) : assurément dans le Top 5 des remixes de Steve "Silk" Hurley !
Découverte alors qu'elle assurait des chœurs pour l'artiste Overweight Pooch ("I like it") et signée illico sur A&M Records, la Miss Black Arizona a pu s'offrir les services des maestros house comme Masters At Work et David Morales.
"We got a love thang" atteignit le 1ère place du US Dance Chart en février 1992.
On retrouve dans les chœurs Kim Sims, artiste produite par Steve Hurley.

2/ WAS (NOT WAS) feat. Kim Basinger "Shake your head" : tube emblématique de la Skyrock Max Party, le titre ne brilla pourtant pas en club malgré son refrain "happy" et l'excellent remix d'un Steve Silk Hurley décidément peu à l'honneur dans ce pays.
A noter en face B du maxi, un fantastique mix de "Listen like thieves" (reprise de INXS) par Danny Tenaglia.

3/ JAMIE PRINCIPLE "You're all i've waited for" : c'est en 1985 que Jamie Principle alias Byron Walton participe à la naissance de la house music avec le très "Bowie-style" "Your love", un titre supporté par son ami Frankie Knuckles, DJ du club Warehouse de Chicago, qui le mixait en superposant le fameux discours de Martin Luther King, "I have a dream".
En 1990, THE SOURCE reprendra d'ailleurs le gimmick de synthé pour un bootleg de "You got the love" de CANDI STATON.

"Baby wants to ride" fut un autre succès dans le registre acid-house.

Au début des années 90, sa collaboration avec Steve Hurley sera fructifiée par "Hot Body" (déjà présenté) et ce "You're all i waited for".

4/ JAMIE LORING "Love or infatuation" : dans le cadre de leur collaboration, Hurley et Principle produiront cette artiste dont ce single fut le seul titre remarquable, remixé ici par E-Smoove.

5/ MONIE LOVE "Born 2 B.R.E.E.D." : J'avais découvert Monie Love dans le Skydance avec "I can do this" (1988) puis le monumental "Grandpa's Party" (1989).
Son tube mainstream reste "It's a shame" (reprise des Detroit Spinners) en 1990, largement joué sur Skyrock.
"Born 2 B.R.E.E.D." est produit par Prince et excelle dans toutes ses versions, notamment le Born To Funk 12" Mix.

6/ HAPPY MONDAYS "Stinkin thinkin" : entendu dans le set de Maurice Joshua sur Skyrock !
Originaire de Manchester, le groupe Happy Mondays délivra une pop déjantée qui cristallisait des influences aussi diverses que la house ou le rock psychédélique des années 60.
Ce remix est réalisé par Farley & Heller à qui l'on doit le mémorable "Ultra Flava".

7/ THE S.O.U.L. S.Y.S.T.EM. "It's gonna be a lovely day" : cette reprise du tube de BILL WITHERS "Lovely day" (1977) est malmené de manière frénétique dans ce remix cultissime de Clivillés & Cole.
Tous les ingrédients d'une house rageuse sont réunis pour le bonheur des pieds et des oreilles dans ce Palladium House Mix I. Le double pack est de toute façon d'une urgence absolue.
La chanteuse est Michelle Visage, ex-membre du trio SEDUCTION qu'avait produit Clivillés et Cole à la fin des années 80.
On peut également l'entendre dans un style plus soft dans "Crash" de TKA (déjà présenté sur ce blog).

8/ LISA LISA & CULT JAM "Let the beat hit 'em" : en 1991, alors réalisateur de l'émission Top Dance, j'avais proposé à RLP de présenter ce maxi en nouveauté import.
Je lui proposais d'ailleurs chaque semaine une sélection de maxis que je me procurais au magasin Champs-Disques à Paris.
Il avait opté pour la version hip-hop (Brand New Super Pumped Up C&C Vocal Club Mix) qui le dispute en qualité à ces remixes house dont le gimmick vocal suit les pas du "Gypsy Woman" de Crystal Waters.
C'est l'un des nombreux disques imports que Skyrock a été la première radio nationale à présenter en access prime-time, contribuant largement à la popularisation de la house en France.
Merci à Tonton Pierre (Bellanger) pour la précieuse liberté qu'il a accordée à ses animateurs du week-end.

9/ SUZANNE VEGA "Blood makes noise" : un maxi plutôt rare et une version house "supervisée" par Clivillés & Cole. Je suppose que, débordés, ils ont laissé le soin à l'un de leurs ingénieurs du son d'honorer la commande du label A&M car une artiste du calibre de Suzanne Vega, ça ne se refuse pas.
Un son brut et sec, des arrangements simples et efficaces, des samples de cuivres piqués sur "Strike it up" de BLACKBOX ... de la pure house underground.

10/ UNDERGROUND RESISTANCE "Living for the night" : Mad Mike Banks et sa bande délivre un brûlot rave underground avec DAVINA ("Don't you want it") aux vocaux.

11/ XPANSIONS "Move your body" : escale chez les Grands-Bretons avec l'un des hymnes des rave parties.
Il fut brièvement classé dans le Skyrock Top Dance sans pourtant convaincre les clubbers.
Le sample de voix répété en boucle ensorcelle pourtant le corps et l'esprit.
Ce Club Mix est le chef d'œuvre du producteur Richie Malone dont c'est le seul tube notoire.

12/ THE BREAK BOYS "My house is your house" : j'avais découvert le new-yorkais Frankie Bones en 1989 par ses séries de grooves techno, les "Bonesbreaks".
Au début de la décennie 90, le Royaume-Uni et ses raves parties lui firent les yeux doux et sa popularité grandit en conséquence.

Le sample est extrait du House-A-Pella de "My house" de NELSON "FFWD" CRUZ sorti en 1989 sur Minimal Records, le label d'Arthur Baker.
C'est un production de Tommy Musto qui fut un disciple de la techno avant d'être pacifié par la grâce du New Jersey garage.

13/ CAMEO "Money" : l'un des plus anciens groupes de funk se fait furieusement technoïser par le pionnier de Detroit, Kevin Saunderson.
Ce Reese Revamp Mix porte bien son nom puisque le verbe "revamp" signifie "remodeler" ou "réamenager", ce dont l'original avait grandement besoin !
La loop provient de "N.T." de KOOL & THE GANG mais le sample de voix enragé reste inconnu, sans doute pompé sur quelque disque de heavy metal. On l'entendra à nouveau sur "Disco Flash Mix" de THE DISCO FREAKS.
Quand à l'effet delay placé sur le gimmick de synthé, il impose une syncope hallucinogène. Le gimmick fut entièrement repris sur "Velocity funk" de E-Dancer (autre pseudo de Saunderson) en 1997.

14/ UNITY "Unity" : un disque merveilleux et énigmatique, mené à un train d'enfer et qui marche sur les traces du gimmick d'orgue de "Gypsy Woman".