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vendredi 24 juillet 2009

N° 28 : A Touch of French House (F. Communications, Didier Sinclair, DJ Gregory, Kojak)

Set non disponible



Un set en partie consacré à cette"French Touch" qui a émergé vers le milieu des années 90, un style novateur marqué par une utilisation quasi-systématique de samples funk-disco filtrés. Très appréciée des anglais (qui trouvaient là enfin une qualité aux "froggies"), elle fera vite école.

Le but du jeu était assez simple. Trouver le bon sample, lui assigner en MIDI un filtre dans le sampleur et jouer avec la molette du synthé sur son ouverture, de manière plus ou moins progressive. Cette technique est encore utilisée de nos jours, à croire que les français n'ont pas toujours été des suiveurs en musique. Il faut dire que, mise à part l'époque disco et l'avant-gardiste Cerrone (le premier qui a osé mixer le bassdrum très "devant"), notre contribution à l'histoire de la musique club avait été plutôt anecdotique.

C'est Eric Morand qui détient la paternité de cette appellation, son slogan "We Give A French Touch To Our House Music" ayant servi à la confection de blousons pour la promo de son label F. Communications.

Le premier volume de la compilation French Touch Anthology donne un bon aperçu des productions de l'époque.

1/ ELEGIA "Basic" : sortie sur le label F.Communications en 1999, cette production soignée de Laurent Collat alias ELEGIA est électro avant l'heure. Elle recourt déjà aux techniques du vocodeur et de l'auto-tune, un appareil utilisé de manière quasi-systématique dans les productions actuelles.
Il est vrai que lorsque l'on tombe sur une "casserole" - elles sont légion - et que le temps d'enregistrement en studio nous est compté, c'est un outil bien pratique pour corriger en post-production les prises un peu "bleues" (= fausses, dans le jargon du producteur).

2/ SOUND OF K "Silvery sounds" : lorsque j'ai acheté ce disque, j'étais persuadé que derrière ce pseudo se cachait le grand François K. Tout concourait à me le faire croire : les accords et les solos jazzy, le son des synthés, la rythmique. Même la pochette laissait planer le doute, les crédits n'étant pas mentionnés. C'est encore une signature du label F. Communications. Discogs nous apprend qu'il s'agit en fait d'un certain Andreas Köhler, musicien dont c'est la seule production. Ce morceau flamboyant semble s'inspirer du "The Theme" de Loop 7, un alias de Satoshi Tomiie.

3/ DIDIER DINCLAIR & CHRIS "Groove 2 me" : hommage à Didier Sinclair qui fut un temps directeur artistique au sein du label Barclay et qui signa l'une de nos productions hélas restée très confidentielle : NU CLASS 'Can't stop". Son morceau utilise un sample de l'intro du titre "Chant N°1" de SPANDAU BALLET, un des hymnes du Palace au début des années 80.

4/ KOJAK "You can't stop it" : le sample de piano électrique est extrait de "Spiral", une production des CRUSADERS. Ce sample là, il fallait aller le chercher et en faire un tube ! Donc honneur à ce duo français composé de Cyril Vaschetto et Grégoire Galian. Il a été fortement supporté par radio FG à l'époque de la sortie de son double album, "Crime in the city".

5/ BUSTA FUNK "Back to the old school" : production mixée de manière extrêmement punchy, elle est l'œuvre du duo Gaël Queffurus et Lou Valentino. Le sample utilisé est "Cerrone's paradise" du même CERRONE, largement pillé par la french house mais plutôt conciliant sur la question.

6/ DAVE ANGEL "Funk music" : l'original est un peu ennuyeux, mais ce remix signé DJ TONKA, l'un des fers de lance du mouvement disco allemand, apporte le côté happy qui enflammera la piste. A noter sur le même vynil, un furieux mix à la "Daft Punk" : le Pills Hard Cyclic Mix réalisé par Pills.

7/ ARMAND VAN HELDEN "You don't know me" : plus la peine de présenter le chef d'œuvre d'Armand Van Helden sorti en 1998. Le sample est pris sur "Dance with you" de CARRIE LUCAS (à 2'05" du début). La mélodie créée pour l'occasion est tout à fait admirable tout comme la prestation vocale de Duane Harden (réentendu sur "What you need" de POWERHOUSE l'année suivante). Pour le set, j'ai réalisé un petit mash-up avec l'accapella de Donna Giles sans savoir qu'un bootleg de 1999 avait hélas repris la même idée.

8/ DONNA GILES "And i'm telling you" : Stonebridge (alias Sten Olof Hallström) fait partie de ces grands producteurs de garage européens. Il fit ses armes comme remixer au sein du label Swemix, le pendant suédois du DMC anglais. Tout comme Morales, il se montre désormais très discret en production mais omniprésent en dee-jaying.
Quant à Donna Giles, c'est son seul single solo. On retiendra sa prestation sur le "Gimm Luv" de David Morales.

9/ et 10/ SHAUNA DAVIS "Get away" / TANYA LOUISE "Deep in you": 1995, année faste pour Stonebridge avec ces deux chefs-d'œuvre assez similaires dans leurs arrangements. Tanya Louise (alias Stephane Moraille) peur être entendu dans un registre plus "hip-rock" sur l'excellent titre de Bran Van 3000, "Drinking in L.A."

11/ THE LAB RATS presents The Experiment "Music is my way of life" : une reprise d'un titre de PATTI LABELLE parue sur le label garage Soulfuric en 1999.

12/ CHEEKS "Venus" : le remix de DJ Gregory qui utilise un sample de "Happy people" de BRASS CONSTRUCTION n'a plus rien à voir avec l'original de DJ Gilb'R. DJ Gregory est, avec Bob Sinclar, à l'origine du succès du label Yellow Productions avec l'album-concept "Africanism".

13/ SOULMAN "Motions of love" : final avec le très underground titre de SOULMAN paru en 1992 sur l'obscur label US, SIMPLY SOUL.

jeudi 19 mars 2009

N° 10 : Leave your handbag at the cloakroom (Mr Roy, Klatsch, Nush, Alex Party, Strike...)

Set non disponible




La "handbag" house est une tendance très happy et vocale de la house music. Née en Angleterre, elle atteint son apogée au milieu des années 90 sous l'impulsion de DJ's et producteurs tels Tony de Vit, Nush, Strike, Goodfellos, Red Jerry, Dancing Divaz, Tall Paul ou Tin Tin Out.
Se drapant de sons techno, elle peut revêtir le costume de "hardbag" et tourner à une cadence infernale d'environ 130-135 BPM.

On suppose que son nom s'inspire des scènes de travestis dansant sans relâche sur la piste autour de leurs sacs à main mais je crois que les petites minettes y étaient pour beaucoup également.

Un club anglais aujourd'hui disparu aurait également choisi cet accessoire féminin en guise de décoration géante au milieu de la piste.

La handbag symbolise la glorification de ces titres qu'on appelle "anthems" dans des clubs anglais populaires comme le Ministry of Sound. Le Ministry, populaire ? n'allons pas si vite en besogne ! lors de ma première tentative pour pénétrer dans la fameuse enceinte, j'ai été éconduit avec un flegme "so british", recevant de la main du physionimiste ce gentil petit carton.



Pas assez d'extravagance, un karma qui laissait à désirer, un trépignement hystérique devant l'entrée...? le fait est qu'il a fallu regagner mon hôtel en taxi sauvage.
Retentant ma chance dès le lendemain, je me présentais accompagné d'une ou deux anglaises branchées dans la file d'attente, mais surtout munies du précieux accessoire ! Le tour était joué. Il était temps de s'imprégner de cette handbag si alléchante.

1/ DONNA GILES "And i'm telling you" et 2/ KLATSCH! "God save the Queer" : Deux titres qui reprennent la ligne de basse d'un titre HI-NRG de Bobby O, "She has the way". Donna Giles est une hurleuse magnifique sur le Jackie 60 Experience Mix de "Gimme Luv"de David Morales. Reste à savoir si c'est bien Klatsch!, ce groupe hollandais aux multiples pseudos (Chocolate Puma, René & Gaston, The Good Men...), qui détient la paternité du fabuleux riff de piano.
Je propose ici un mash-up qui inclut l'accapella de" Mr Right" de Eleanor Mills.

3/ OUTRAGE "Tall 'n' handsome" : Un remix signé par NUSH, un duo anglais emblématique de la handbag. Là aussi, "Mr Right" est utilisé pour la phrase "Got to be free" qu'on entendra aussi sur le tube de Deborah Wilson "Free". Vous commencez à saisir toute l'énergie positive qui caractérise cette house ?

4/ Le premier tube de Joey Negro sous le pseudo de RAVEN MAIZE reprend le riff de piano Rhodes et le long accapella qui démarre le dub de la face B du "Together Forever" d'Exodus (1982). C'est d'ailleurs l'un des premiers accapellas a avoir figuré sur un maxi-single. Le titre est remixé par le duo anglais Future Shock mais Discogs crédite par erreur un autre producteur allemand qui porte le même nom. Comme quoi, même la Bible n'est pas fiable à 100% !

5/ NUSH "U girls" : un missile handbag remixé par le trio de producteurs italiens Alex Party. Leur intitulé de mix (Alex Party Heavy Sex Dub) le dispute en matière de gaudriole avec celui de Grant Nelson (Grant Nelson Hard Sex Dub).

6/ CAROL BAILEY "Feel it" : Autre chef d'oeuvre de Alex Party, véritables chantres d'une house mastoc et redoutablement efficace.

7/ GABRIELLE "We don't talk" : c'est l'énigme de ce set puisque personne n'est crédité sur le white label que je possède. Discogs en perd aussi son latin. Je mise sur un mix signé de Rhyme Time Productions du label Cleveland City.

8/ STRIKE "The morning after" : Avec Mr Roy et Lovestation, Strike sont les tauliers du label Fresh. Autant l'original est putassier et donc pénible, autant ce remix très aérien met en valeur la voix de Victoria Newton, chanteuse australienne issue de la scène jazz. Désormais, vous pouvez la booker pour une soirée mais son répertoire ne contient aucun titre du groupe qui l'a révélée. La "reconnaissance du ventre" est une vertu peu usitée dans le cruel monde du show-biz.

9/ GRACE UNDER PRESSURE "Make my day" : l'original de Roger S était merveilleux mais ce remix très handbag des belges de Casino (alias Natural Born Grooves) est idéal pour se trémousser autour d'une pile de sacs à main.

10/ LIVIN' JOY "Dreamer" : En 1994, les deux frères Visnadi abandonnent provisoirement Alex Party pour réaliser ce tube mémorable. Comme d'habitude, le succès entraînant son lot d'emmerdements, la chanteuse d'origine, Janice Robinson, ne donna pas suite et tout finit par capoter après "Don't stop movin'", un deuxième single plus laborieux réalisé avec une chanteuse de substitution. Décidément, il est bien difficile de nouer des collaborations durables dans le monde de la house music ce qui explique sans doute le peu d'intérêt qu'elle suscite auprès du grand public et des médias officiels.

11/ Retour au coeur du label Fresh avec "U sure do", Le tube définitif de STRIKE qui sample le "Serious" de DONNA ALLEN.

12/ Mr ROY est un trio londonien qui reviendra souvent dans mes sets. "Something about you" utilise un sample de piano tiré du "i need you" de NIKITA WARREN (1991). Comme les Masters at Work avaient également puisé leur inspiration dans ce titre ("Only love can break your heart" par SAINT ETIENNE), je mixe tout cela dans un mash-up qui... coule de source.
Pour l'anecdote, en 2006, SOUL CENTRAL remanie légèrement ce riff visiblement culte pour son "Need you know" dont le remix de Deep Josh peut plastronner dans la multitude de reprises qui caractérisent la house actuelle.

13/ SLO MOSHUN "Bells of N.Y." : un véritable hymne handbag house avec une trituration complètement folle d'un riff de sax. Le gimmick synthé est tout aussi redoutable. L'originalité du break hip-hop qui ralentit le tempo inspirera Greed pour "Pump up the volume" la même année.

14/ IDEAL "Hot", le titre phare du label Cleveland City. Signé en France par Scorpio, il figurera parmi les titres les plus joués dans les clubs. C'est une production de Jon Dasilva, DJ du fameux club mancunéen, l'Haçienda, qui sample là un obscur titre house de 1984 : MIDWAY "Set it out". Au risque de me répéter, en matière de house music, le talent c'est savoir s'approprier une idée en lui donnant la splendeur qu'elle n'avait pas à l'origine. Je n'ose pas employer le mot "génie"... certains crieraient au scandale.