vendredi 9 mars 2012

N° 141 : Sunrise on Bay Bridge (Lovetronic, Lisa Shaw, Andy Caldwell...)

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Juin 2011, 5h52. Oakland (Californie).

Pas de Yellow Cab à l'horizon. Jaden a dû se résoudre à prendre l'un de ces "bandits taxis" qui rôdent à la sortie des boîtes de nuit.
Jamais facile de se fier à ces individus avenants mais interlopes. Leurs véhicules maquillés sont souvent dépourvus d'assurance et il faut prier pour que la course se passe sans encombres d'autant plus que la destination est située de l'autre côté de la baie : la célèbre Lombard Street à San Francisco, dernier bastion américain d'une house sexy et élégante.

Avec ses faux airs d'Edward Norton dans "American History X", le chauffeur inspire la méfiance voire l'inquiétude.
"Quel style de musique voulez-vous écouter ?" demande t-il à Jaden d'une voix assurée alors qu'il s'engage sur Grand Avenue. Comme s'il était naturel qu'un clubber ait encore besoin de musique alors qu'il vient d'en écouter pendant 5 heures d'affilée.
Fixée sur la droite du tableau de bord, une grande boîte de CD's soigneusement rangés dans des pochettes plastiques laisse entrevoir un choix impressionnant.
"Euh...peu importe...ce que vous voulez...pas trop bruyant si possible", répond Jaden en allumant son portable.
Le puissant sound machine résonne encore dans sa tête mais le sommeil viendra sûrement à bout de ces satanés acouphènes.

L'intro de "You are love" de LOVETRONIC, un groupe localse fait entendre et rassure sur le bon goût du chauffeur, à moins que ce soit un heureux hasard pour qui vient de vivre l'une des plus belles soirées soulful de l'année au Era Art Bar. Le physique d'un "métalleux" mais qui sait, l'oreille d'un mélomane ?

Très vite, le CD enchaîne sur le mythique "Back to love" de MORTEN TRUST remixé par Richard Earnshaw. "Après tout, ce taxi offre un visage plutôt sympa", se dit Jaden en tentant de se rassurer.

Une voiture de police surgit au carrefour de Market Street. Sans hésiter, notre "Edward Norton" bifurque sèchement dans Isabella Street. La chasse aux clandestins est sans pitié et un policier aguerri connait parfaitement les caractéristiques d'un Yellow Cab officiel, notamment le macaron apposé sur le pare-brise et la vignette qui indique qu'il est autorisé à travailler à l'aéroport international.
Le CD propose désormais un subtil enchaînement entre la loop de Morten Trust et la version acoustique d'un vieux classique gospel, "I get lifted" de BARBARA TUCKER.

Ce détour forcé de près d'1 km ramène l'équipage au Memorial Park sur Peratta Street. La soulful house de San Francisco s'exprime à nouveau à travers la voix de LISA SHAW sur "All night high" et ce mix semi-électro de Miguel Migs dans lequel une "square basse" sans tonalité mène la danse.
Jaden se surprend à fermer les yeux tout en entamant sa décantation. Même mélangé au Diet Coke, le Bourbon "casse" bien plus que le Pure Malt.

Au feu rouge de Wood Street, un "clodo" vient cogner à la vitre en beuglant, brisant la sérénité qui venait doucement de s'installer sur la banquette arrière.
Vert ! La délivrance s'accompagne des premières notes de cuivres de "Get another plan" de ABSTRACT TRUTH. La voix de Monique Bingham rappelle à Jaden le temps où la radio parisienne FG proposait des matinées très très deep. Il avait toujours pensé que ce morceau parlait d'avions et de voyages. C'est le défaut des français qui écoutent et comprennent à moitié les paroles des chansons anglo-saxonnes. "Le fric, c'est chic" avait-il aussi cru comprendre dans un tube de son enfance.

Alors qu'ils atteignent enfin Bay Bridge, le soleil se dessine sur un ciel rouge qui borde les collines au loin. La traversée de cet ouvrage monumental de 7 km de long semble d'une rapidité étonnante, bercé par l'atmosphère enchanteresse de"I knew you when" de LATE NIGHT ALUMNI.
Passé Treasure Island, à droite au cœur de la baie, Alcatraz dévoile son imposante carcasse.

San Francisco. L'embarcadère. Le charme du voyage se prolonge avec "Feelin' love" de SOULARIS et "All i need" de ANDY CALDWELL, artiste majeur des labels OM Records et Naked Music Recordings, solides gardiens du temple deep-house californien.

"Dreams of you" de KEVIN YOST ? Cela faisait 10 ans que Jaden n'avait pas réécouté ce titre à la magie intacte.
Le chauffeur vient de rater la sortie sur Essex Street. "Connait-il vraiment l'itinéraire ou bien profite t-il de mes absences pour rallonger la course de 2 km, sans compter les innombrables feux rouges ?", se demande Jaden.
La plainte gospel de "Free My soul" de THE VISIONARY vient apaiser sa colère naissante.

Filbert Street, Greenwich Street... les fameux lacets de Lombard Street sont en vue. C'est dans ce décor idyllique que vit Jaden. Cette portion de la rue est surnommée "la route la plus sinueuse des Etats-Unis". Elle est à l'image de la vie de Jaden. Jamais assez rectiligne et sûre pour envisager de grands projets.
"Déposez-moi en bas de la descente. Ca ira". La rue est en sens unique. Daren remontera deux virages à pied, histoire de se dégourdir les jambes et de prendre le frais.

Le chauffeur repart, change de CD. "Tribal house vol. 4" est inscrit au gros feutre sur le recto. Le premier track est "All the same family" de AFRICAN DREAM.


vendredi 2 mars 2012

N° 140 : Eurodance Heaven (Bass Bumpers, Usha, Zoe Badwi, Kim Sozzi...)

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Bien que consacré à l'Eurodance, base de mes émissions sur Skyrock dans les années 90, ce set démarre étrangement par un titre du groupe anglais HEAVEN 17 et ce pour deux raisons :

  • Heaven 17 est l'un des groupes essentiels de la giboyeuse new-wave des années 80.  Nous avons tous retenu les Simple Minds, Tears For Fears et autres Depeche Mode, mais d'autres groupes comme les Thompson Twins, Human League, Lotus Eaters, Spandau Ballet et Heaven 17 proposaient une new-wave estampillée "néo-romantique" forte de mélodies flamboyantes.
    Concernant Heaven 17, les titres "Play to win" et  "Penthouse and Pavement" (1981) annoncent une new-wave funkysante et donc prometteuse. C'est toutefois le single "Let me go" sorti en 1982 qui restera le hit majeur du trio. "Temptation", légèrement gospelisant, fera une furtive apparition dans les charts l'année suivante.
    En 1985, "And that's no lie" est un brillant exercice d'arrangement déconstruit qui oscille entre ballade pop, breaks funky/jazz et envolées symphoniques.

  • L'acappella de fin sert de support au fabuleux "1000 years" de JUPITER ACE. L'arrangement, les accords et le choix des synthés côtoient le génie.
    Dommage que ce producteur irlandais n'ait pas totalement confirmé par la suite.
MARTIN SOLVEIG feat. Kele "Ready 2 go" : toutes mes félicitations à Martin Solveig pour avoir obtenu la confiance de Madonna, artiste qui s'entoure généralement des meilleurs. Espérons que son single "Give me all your luvin" fera florès.
Le hollandais Hardwell muscle encore davantage l'un des grands singles pop de l'année 2011.

ZOE BADWI "Freefallin'" : une impeccable copie du "When love takes over" de David Guetta...mais une voix exceptionnelle également ! Top 10 dans mes singles Eurodance de 2011.

RADIO KILLER "Lonely heart" : le son du gimmick est une tuerie et la mélodie vous embarque immédiatement. Un "must-have" absolu. Les roumains nous prouvent qu'ils peuvent se libérer des clichés culturels à base d'accordéon. Le clip montrant une jeunesse dépravée détonne avec l'image encore fraîche d'un pays sorti de la dictature.

BASS BUMPERS "The music's got me" : avec "Rhythm is a dancer" et "Mr Vain", "The music's got me" annonce la suprématie allemande sur la dance européenne. L'italo-dance ne s'en remettra pas.

HALEY GIBBY "Physical" : Hardwell à nouveau aux commandes du remix de cette chanteuse américaine généralement associée au producteur Kaskade. Son album "All this love" sorti en 2010 doit figurer dans toute bonne discothèque dance.

KASKADE feat. Mindy Gledhill "Eyes" : extrait de l'album "Fire and Ice" aux multiples "featurings" (dont Haley Gibby) et sorti en 2011.

KIM SOZZI "Feel your love"  une eurodance limpide originaire...de New-York. Le clip est fréquemment diffusé sur Clubbing TV.

Final avec deux vieux classiques.

FELIX "don't you want me" : l'un des chouchous de l'animateur Max dans la Skyrock Max Party en 1992. C'est Rollo qui est l'auteur de ce tube mondial, N°1 du Top Dance. Le sample est piqué sur un titre assez secondaire de Jomanda : "Don't you want my love" (1990).

USHA "Rockin' to the beat" : sorti la même année, on ne sait pas qui s'est inspiré de l'autre.

vendredi 24 février 2012

N° 139 : Skyrock-Maxximum : The Great Years (D-Shake, Synthesis, Eighth Wonder, Martha Wash...)

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Même si ce set est consacré à l'apogée de la radio FM libre (1988-1992), j'ai souhaité démarrer par une production inédite.

Elle symbolise la face cachée de mes 6 années de collaboration avec Pascal Henninot, ces remixes qui auraient mérité d'être commercialisés, mais qui sont restés à l'état de projet faute d'être compris par des directeurs artistiques totalement hermétiques à la culture club.

En 1993, forts de notre succès avec Abyale ("A kiss from Paris"), Jordy (notre version club dans le plus pur style Steve "Silk" Hurley) et surtout Shanna ("Do me boy"), nous entamons une grande tournée des labels pour proposer nos services en tant que remixers pour des artistes français.
De passage à Neuilly/Seine dans les bureaux de BMG, l'un des A&R de l'époque (c'est comme cela qu'on les surnomme dans notre jargon) accepte de nous laisser faire un essai sur l'acappella d'un nouveau duo français signé peu de temps avant, NATIVE.
Plus que jamais motivés, nous trouvons immédiatement l'inspiration et trois jours plus tard, nous sommes de retour avec une maquette qui sonne déjà comme un "def".

Nous maîtrisons nos synthés, nos samplers, nos rythmiques méchamment ternaires inspirées par nos maîtres (Clivillés & Cole, Steve Silk Hurley, Davis Morales, Masters at Work...).
La modeste table de mixage analogique Fostex 16 pistes "a tout d'une grande" et la couleur du son qui en sort est d'une chaleur et d'une clarté étonnante.
Sur l'intro, le synthé-basse du JX-8P "flangé" dans un effet Boss SE-50 s'en donne à cœur joie. Pour le break, nous samplons des nappes du Juno 106 passées dans son fameux chorus (sans lequel ce synthé perd toute consistance). Le piano si réaliste sort tout droit d'un Roland MKS-20; les violons sont signés d'un expandeur Kurzweil quasiment dédié; les cuivres sont bien sûr estampillés Ensoniq.

Jouant avec les samples, imposant le timestretching, le mix oublie totalement les couplets pour se concentrer sur les voix puissantes du refrain en osant pitcher vers le bas certaines d'entre elles pour les besoins de l'harmonie.
Hélas, à l'écoute de cet arrangement deep-garage novateur qui casse les codes de la variété française, le directeur artistique restera sans réaction voire interdit. Le remix finira à la poubelle.

Tout ceux qui ont pu l'écouter en louent encore aujourd'hui la magie inaltérée et, comme nous, regrettent que le public n'ait pas pu en profiter.
C'est la somme de toutes ces opportunités tuées dans l'œuf qui expliquent en partie pourquoi nous avons fini par disparaître du devant de la scène alors que nous pouvions incarner une soulful house à la française.
Une carrière se joue sur la chance et le coup de pouce du destin. Manifestement, ils ne nous avaient pas choisis.

A ma connaissance, on peut compter sur les doigts d'une main le nombre de producteurs français concernés par ce style, 99% des remixes soulful étant signés par des internationaux, qu'ils soient suisses, brésiliens ou américains.


Pour la playlist, les nostalgiques de cette dance-house des années 80/90 relayée par ses fers de lance Maxximum et Skyrock, y trouveront surement leur compte avec pas mal de titres "oubliés", histoire de ne pas tomber dans la facilité de hits piochés dans diverses compilations.

Les mixes de Eighth Wonder, Roberta Flack, Mac Thornhill ou The Crew sont typiquement LA couleur Skydance; Martha Wash et Margaret Conway rendent hommage à la Max Party; Plus One est l'une de mes découvertes pour le Top Dance; LCO & Sindy, D-Shake, Technotronic et Synthesis rappellent la programmation éclectique de Maxximum.


NATIVE "Si la vie demande ça" (Henninot & De Carey Unreleased Remix) - 1993
MARTHA WASH "Carry on" (12" Dance Mix) - 1992
MARGARET CONWAY "Sure shot" (UK Dub) - 1992
ROBERTA FLACK "Uh-Uh Ooh-Ooh Look Out" (Steve 'Silk' Hurley's House Mix) - 1988
EIGHTH WONDER "Cross My Heart" (Dance Mix) - 1988
PLUS ONE "The song will always be the same" (NYC & Costello Mix) - 1991
LCO & SINDY "Undercover" (Mark Saunders Remix) - 1990
MAC THORNHILL "It's a cruel world" (Club House Mix) - 1988
THE CREW "Free Your Body (Get Dumb)" (Clivilles And Cole Club Mix) - 1990
TECHNOTRONIC "Get up" (Def Mix) - 1989
D-SHAKE "Yaaah" (Freestyle Club Mix) - 1990
SYNTHESIS "Walking away" - 1990

vendredi 17 février 2012

N° 138 : from Disco to Disco (Viola Wills, Cissy Houston,C.J. & CO...)

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Lorsque l'on interroge les gens sur la chanson disco qui a marqué leur esprit, revient inévitablement le "I will survive" de Gloria Gaynor, titre ultra-rabâché et brûlé définitivement lors de la Coupe du Monde 98.
A l'origine, ce titre n'était que la face B du maxi-single "Substitute" et c'est par le plus grand des hasards qu'il devint un tube mondial.

Parmi les titres légendaires figurent pourtant "If i could read your mind" par Viola Wills, hymne du Palace à la fin des années 70. Une mélodie plus classieuse, un break grandiose (j'ai remanié légèrement la version originale pour les besoins du mix)... il est à ranger parmi les trésors méconnus comme "What that all it was" de Jean Carnes, "I love the night life" de Alicia Bridges ou "You stepped into my life" de Melba Moore.
Ce titre a d'ailleurs été repris par un collectif de divas (Stars On 54) à l'occasion de la sortie du film "Studio 54" (1998) retraçant la flamboyance et l'extravagance du mythique club new-yorkais. Ce fut d'ailleurs Ritchie Kaczor, l'un des DJ's résidents, qui popularisa "I will survive", bien qu'ayant vidé la piste lors des premières programmations !

Élevée dans l'esprit bienfaisant du gospel, c'est une mauvaise rencontre (Bobby Brown) qui conduira Whitney Houston sur le chemin de la dépravation jusqu'à ce funeste destin. Dans le monde du show-biz, la Roche tarpéienne est toujours proche du Capitole.
Whitney était la fille de la choriste Cissy Houston dont le titre majeur reste ce "Think it over" qui vient se se placer à l'empyrée de l'arrangement disco empli de violons et de cuivres (puisque produit par Michael "Let's all chant" Zager).
Une fois de plus un petit edit de l'arrangement s'imposait, faute de véritable break.

La B.O.F. de "Truck Turner", joyau mésestimé de la "blaxploitation" est l'œuvre du chanteur-arrangeur et multi-instrumentiste Isaac Hayes, surnommé en son temps le "Moïse noir".
En 1974, il fait ses premiers pas en tant qu'acteur dans cet honnête polar, bien supérieur au célèbre "Shaft" (qui était en fait un nanar de première) tourné 3 ans plus tôt.
On reverra Isaac Hayes dans le rôle du "Duke", extravagant chef d'une horde de délinquants sur une île transformée en pénitencier dans le jubilatoire film "New-York 1997" de John Carpenter (1981).
L'album renferme bien des pépites : le thème principal bien sûr, mais aussi "Blue's Crib", le très funk "Breakthrough" et "Pursuit of the pimpmobile", remarquable titre disco qui, bien qu'aucun maxi n'ait jamais été extrait, fut parfois joué dans les clubs new-yorkais.

Le riff de "You can't hide from yourself" de Teddy Pendergrass fut exhumé par DJ Sneak sur "You can't hide from your bud" en 1997.
La chanson originale qui évoque le thème de la prédestination est ici ré-editée par le gardien du temple Philly Sound, Dimitri From Paris.

"We got our own thing" de C.J. & CO. n'est pas aussi connu que leur tube "Devil's gun", mais méritait le détour. "Le "We got our own thang" de Heavy D and The Boyz s'en inspire légèrement.


Coffee "Casanova" (Original Mix) puis Disco Dust Jap. "Casanova", le re-edit. C'est la reprise un peu kitsch d'une ballade de Loleatta Holloway.


Entrée dans le royaume du sample.

"Delirious" de DJ Q : ça n'est déjà plus du disco mais le sample puise dans son creuset ("Delirium" de Francine McGee).

Topazz "New Millenium" : l'intro psychédélique à la guitare électrique rappelle le "Tommy" des Who ou bien les Wings de Paul McCartney. Les samples de Rhodes et de sax sont issus du "My lady" des Crusaders.
Ce titre fut commercialisé en France par Happy Music.

Royksopp "Poor Leno" : si vous tendez bien l'oreille, vous réaliserez que le titre emprunte la fin du "Fly Robin Fly" de Silver Convention.
Il est extrait du premier (et meilleur album) des norvégiens de Royksopp qui ont hélas progressivement perdu l'enthousiasme et la spontanéité créative des débuts.
Difficile de faire mieux que le fabuleux "Eple".

Jonni Black vs. Una Mas "Raise" : le duo anglais Una Mas (Simon Law/Lee Hambin) semble ici sampler le classique du groupe Inner Life  "Ain't no mountain high enough", si je ne me trompe ?

vendredi 10 février 2012

N° 137 : Garage/Trance - The Passage (Shawn Christopher, Lovebirds, Canadian progressive house...)

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Comment passer du garage à la progressive ? impossible, les chapelles étant trop éloignées.
Pourtant des artistes comme Morales ou Joey Negro savent nous proposer les deux, mais les DJ-remixers multi-casquettes ne sont pas légion.
Le public se déplace généralement pour entendre un certain type de son. S'il ne connait pas à l'avance le style que le DJ va jouer, il ne prendra pas le risque de payer son entrée.

En revanche, les musiciens sur scène se font souvent un devoir de revisiter leurs titres même s'il faut concéder de "dérouler" quelques vieux succès.

Imaginez cette cloison hermétique dans l'univers du cinéma. Aucun réalisateur ne serait capable de se renouveler ou de surprendre, prisonnier des attentes des spectateurs.Mais d'aucuns osent tout comme ce pari fou de réaliser un film muet... et la surprise est parfois au bout.

Voici donc à nouveau l'un de ces sets improbables que personne ne voudra ou ne pourra jouer.

Il prend son envol dans un esprit happy house avec "I want you" de Juliet Roberts (1994) signé du producteur anglais D-Mob, à l'époque directeur artistique et remixer attitré du label Chrysalis/Cool Tempo.

Kerri Chandler n'est pas souvent à l'honneur dans mes sets, même s'il est l'un des plus prolifiques.
Sa version deep-garage de "Make my love" de Shawn Christopher le dispute en qualité à la version originale de Stonebridge.
Merci aux loops de Traktor pour me permettre de proposer un enchaînement interminable.
J'en userai et abuserai au cours de ce set, comme d'habitude.

"Joy & happiness" par Stabbbs est un concept de ce même Stonebridge, toujours excellent dans le garage testostéroné (Ann Consuelo, Tanya Louise, Shauna Davis, House of Virginism, 3rd Nation...).
A moins qu'un chef d'oeuvre ait récemment échappé à mes oreilles (ce que vous ne manquerez pas de me signaler), il ne semble qu'il est désormais un peu en retrait.

Autre figure du garage anglais, CJ Mackintosh propose à nouveau ses rythmiques chaloupées et ses accords magiques sur le "Falling" de Dina Caroll, diva écossaise connue pour sa reprise de "It's too late" de Carole King et surtout "Ain't no man".
Curieusement, cette pépite n'est qu'une "face B" du single "Falling".

Le passage entre soulful garage et trance existe : c'est la deep-house.
Elle inquiète les thuriféraires de la mélodie et ravit ceux que les voix dérangent.

L'allemand Lovebirds est l'un des artistes majeurs de ce style à la fois groovy et répétitif, ici par exemple avec "My man".

Je vous parlais de Morales en introduction, voici l'une de ses réalisations les plus osées : "Throb" de Janet Jackson. Un remix à la démesure de l'artiste. C'est sans doute la frustration de ne pas avoir pu s'exprimer sur l'un des titres de son frère qui a poussé "le Boss" à se surpasser dans cette expérimentation à base de gémissements et de saxophones dissonants, le tout porté par un bassdrum de mammouth.
Un Legendary Mix dont l’appellation n'est pas usurpée.

Les loops de Traktor sont encore de la partie sur le mix avec "Who's n°1" de Dig The New Breed. C'est l'un des grands titres de la mythique (il parait que le terme peut finalement être employé pour désigner une chose rare et exceptionnelle !) compilation "The Sound Of Cleveland City" (1994).
J'imagine ce morceau d'une progression fabuleuse sublimer les foules au Ministry Of Sound.

Passage éclair par la Belgique avec "Magic orchestra" de Frank de Wulf.

Puis surgit la première merveille ! le remix de "Tiny Dancer" de Marco Demark par le canadien Deadmau5, l'un de mes artistes favoris.
L'original est une teenage pop song bien léchée. Deadmau5 réalise l'exploit de nous transporter dans un univers étrange et hypnotique où la voix de Marco Demark rivalise de somptuosité avec celle de Sting ! LA marque des très grands.

Deuxième merveille : "Underlying feeling" de Sylvia Tosun remixé par Adam K & Soha, des canadiens tout comme Deadmau5. Dans la même veine, "Need to feel loved" de Reflekt et "Twilight", autre titre de ce duo originaire de Toronto.

Troisième merveille : "Angel on my shoulder" de Kaskade remixé par le suisse EDX.
Je suppose que tous ces artistes utilisent de redoutables synthés virtuels tels le Predator de Rob Papen et en tirent ces sonorités puissantes totalement dévouées à la progressive et la trance.

Final avec l'un des derniers remixes tubesques du jeune prodige suédois Avicii pour ce qui ressemble étrangement à l'ambiance religieuse de "No Woman no cry" de Bob Marley sur ce "Drowning" de Armin Van Buuren.

vendredi 3 février 2012

N° 136 : De Carey's Jam (Elton John, Glenn Jones, Todd Terje edits...)

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Je viens d'achever une version orientée progressive house pour compléter le pack de mixes de notre premier single "You're not the one".

Malgré les énormes progrès de la technologie depuis les années 90, Pro Tools 8 m'en a fait voir de toutes les couleurs avec des plantages inopinés et fréquents qui ruinaient souvent les efforts d'édition des synthés (en effet certains redémarraient avec les réglages du preset d'origine).
Je pense que la cause est l'accumulation des plug-ins qui n'est pas gérée efficacement par ce logiciel pourtant émérite.

L'essentiel est de garder son sang-froid en ces circonstances tragiques, même si l'on se croit replongé dans l'enfer de la production du temps des synthés analogiques qui se détunaient au fur et à mesure de la journée, des problèmes de synchro midi sur cubase et autres soucis en tous genres que j'ai vécus.


Une petite jam session totalement débridée s'imposait donc pour se remettre de cette semaine sous haute tension.

Intro avec LE titre disco de Monsieur Elton John, "Are you ready for love". Comme je l'indiquait dans l'un de mes premiers articles, Elton John fait partie de ces "essayistes du disco" qui, comme beaucoup d'autres ont fait florès dans l'exercice, même issus d'univers musicaux radicalement opposés (Paul McCartney, Kiss, Rolling Stones...)
Et pourtant ce titre somptueux écrit par deux magiciens du son de Philadelphie (Leroy M. Bell & Casey James) a dû échapper à la grande majorité d'entre vous. Dans la lignée des plus grands tubes des Detroit Spinners !
Il symbolise ma première venue au Patch Club en 1979, époque où je découvrais l'univers empailleté de la nuit.
Le break aux congas et guitare cocotte est habilement exploité par le re-edit de Ashley Beedle qui suit.

Extrait d'un mini-album sorti en 1983, "I am somebody" de Glenn Jones utilise un extrait d'un discours de Martin Luther King. C'est une production signée Robert Wright, arrangeur patenté du label RCA et auteur notamment des remixes de "I can't go for that" de Hall & Oates et "Wear it out" de Starguard.

"Love you madly" de Candela est un one-shot sorti en 1982 sur Arista. Le break est l'occasion d'un interminable solo de synthé-basse.

Dans mon cabinet de curiosités funky, je vous présente le kitsch et enjoué "Dr Jam" de Men at Play. Le maxi sorti en France sur Vogue en 1982 a dû rencontrer un certain succès auprès des radios libres de l'époque dont la funky music était le fond de commerce (NRJ compris).

"Let the music play" de Shannon est l'un des titres fondateurs du style nommé freestyle. Il fut signé sur le label new-yorkais Emergency Records, fer de lance du son italo-disco avec des artistes comme Kano, Vin Zee, ou Firefly.

Todd Terje est un jeune remixer norvégien célèbre pour ses edits de titres célèbres ou improbables. Lui-même prétend sortir ces bootlegs pour le fun et non la célébrité.
"I can't help it" de Michael Jackson" est l'un de ses must-have.
Grand admirateur des pionniers Tom Moulton ou Walter Gibbons, il en copie les techniques pour allonger les mixes par de longs dubs et séquences instrumentales qui mettent en valeur telle ou telle piste de l'arrangement. Ici, le classique "Don't make me wait" des NYC Peech Boys.

Glissement vers la early house la plus underground !

"Alright, alright" des Masters At Work (1987) rappelle qu'avant de devenir l'un des duos les plus groovy et jazzy de la house music, ils débutèrent leur carrière aux côtés de Todd Terry, accouchant de titres électro totalement glacials.

"Let it roll" de Doug Lazy est produit en 1989 par Vaughan Mason (Raze).

"Dreams of Santa Anna" de Orange Lemon sonne étrangement comme le "Alright, alright" des MAW. Logique puisque cette pépite est également signée du roi du recyclage, Todd Terry (1988).

Un "double power" consacré aux Break Boys a.k.a. Frankie Bones et Tommy Musto, icônes de l'underground new-yorkais, avec "And the break goes on" et "Listen to the rhythm flow".


Puisque "Listen to the rhythm flow" prend partiellement pour ossature le "Confusion" de New Order, autant jouer l'original, générique de "Rockline", programme sur la new-wave anglaise proposé par le journaliste Bernard Lenoir et partie intégrante de l'émission-culte des années 80, "Les Enfants du Rock".

Final avec l'un des classiques du Patch Club, le très "happy" remix club d'un titre rock des Comateens, "Don't come back". Ce groupe new-yorkais a également commis deux autres tubes : "Resist her" et  le très funky "Get off my case".

vendredi 27 janvier 2012

N° 135 : hard floors & light skies (Russian trance, Hardfloor masterpieces, Julie Thompson...)

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Inaugurant son sous-label "musiques électroniques" en 1993, Barclay frappait rapidement les esprits avec une brochette de remixes trance dont les allemands de Hardfloor furent les plus brillants artisans, forts du swing incroyable qu'ils insufflaient à ce modeste séquenceur de basses que fut la TB-303.

S'attaquant aux sonorités africaines de Mory Kanté par la face Nord, le duo originaire de Düsseldorf réalisait l'exploit de conserver la chaleur du groove original tout en le nimbant dans des sonorités glaciales.

En Ecosse, c'est le label Limbo Records qui, avec des artistes comme Havanna, Gypsy ou Mukkaa, fut considéré comme le précurseur de la progressive house (que l'on appelait encore simplement trance au début des années 90).

Switch rapide vers les années 10. Le canadien d'origine bosniaque Arnej nous gratifie d'un titre que ne renierait pas son compatriote Deadmau5. "They need us" est une œuvre d'une grande subtilité, alternant entre synthés noyés dans des effets outranciers et ambiances éthérées. C'est pour moi la quintessence de ce que l'électro peut représenter aujourd'hui quand LMFAO en est le représentant clownesque.

Après Yuri Kane, voici Arty, autre jeune prodige russe de la progressive house. A croire que le talent des illustres prédécesseurs que furent les romantiques Rachmaninov et Tchaïkovsky a traversé le temps pour poser son empreinte sur leurs compositions.
Dans le même esprit que "Twilight tonight", retrouvez "Kate" ou bien "Hope".

"Shine", le tube manqué de Julie Thompson ! Le matraquage sur Clubbing TV aurait pourtant dû mettre la puce à l'oreille des programmateurs de radio. Une voix à faire pâlir de jalousie une Mylène Farmer en recherche du second souffle et une mélodie imparable. Le single est bien plus efficace que cette version club qui tarde à trouver ses marques.
J'y inclue un mash-up avec l'accapella de ""Something's got a hold on me" de ETTA JAMES.

Ce sample est également utillisé sur deux tubes du moment : "Levels" de Avicii et "Good feeling" de Flo Rida.
J'ai comme l'impression qu'il existe une malédiction pour l'artiste qui est samplé sur un tube mondial.
James Brown ne survécut pas longtemps à sa gloire retrouvée. De même le pseudo-chanteur de Boney M décéda peu après la sortie de "Barbra Streisand" de Duck Sauce... et voilà qu'Etta James nous quitte le 20 janvier dernier à l'âge de 73 ans.

Une petite trouvaille lors de mes séances d'écoute sur Soundcloud avec ce qui n'est peut-être qu'une maquette : "Waiting for the sun" de Matvey Emerson feat. Lera Alferova.
J’apprécie particulièrement la voix grave et nonchalante de l'interprète qui tranche avec l'arrangement à l'emporte-pièce. Je crois qu'il s'agit à nouveau d'une production d'origine russe.

Final avec l'OVNI trance de Miami, George Acosta. Ce remix de "Nite Time" par les israéliens Ruby & Tony propose un gimmick foudroyant qui devrait combler les pistes sous influence hard électro.